Tome IV page 531

crêt SR, crat B Pier.; krè, parfois ‑é Vd, V 50, 88, 89, Ba., G, F 1, 21, 41, 63, N, B 13, 22, krë V 21, krèi G 21, krṑ B 32, kró 33, kra, krā N 30, B 36, 3 Mervelier Voi. (kr), 4‑6. Anc. crest N 1383‑1619, G 1754, crêt N 10 1696, 6 1788, cra B 3 1616, cras 4 1637; lat. crestum G XVe‑XVIe s.; patois XVIIIe s. cré G Rocati, crâ B 4 Ra. Cf. n. de l. et de fam. — Pier. 159, 687.

‖ S. m. Élévation du terrain: monticule, colline, parfois sommet, proéminence sur une pente; pente plus ou moins raide, dans B souvent gazonnée; terrain escarpé (Vd, V spor., G‑B; anc.; fr. rég. SR). «Sur lault du crest» (N 1383. Matile, 1112). «Proicere facit terram super crestum que ristringit iter commune» (G 1526. Reg. Cons. X, 185). «Un petit crêt ou eminence» (N Corcelles 1696. Pier. 639 b). Léiy a pèrtò déi kré é déi konbə pèr intsī nò, il y a partout des cr. et des combes chez nous (Vd Blon.). S’ā tò dé krā, c’est un pays montagneux, litt. c’est tout des cr. (B Vicques). Pté krā, mamelon; gró krā, colline (B Mett.). Tot a l’ā [haut] du krè, sur le sommet de la montagne (N Couvet). Sī krè è dza tèrin [terrain], cette colline est déjà dépouillée de la neige (Vd Vaug.). On krè ryon, un sommet arrondi (F Vill.‑s.‑M.). S botḕ è krəpton po yudjiə èvā ïn krā, se mettre à croupetons pour luger sur une pente (B Aj. Va. 68). Roulā avṓ lo krè, rouler au bas de la pente (Vd Penth.). So k’é fḕ bon, ā bontan, tchinbisiə èvā lḗ krā! ce qu’il fait bon, au printemps, descendre les cr. en faisant des culbutes! (B Ocourt). Ïn krā ègr, une pente raide (B Courchap.). Lon krā, longue pente (B Mett.). A krè, en pente (Vd Penth.): dou bòr daou ryó son a krè, les deux bords du ruisseau sont en pente. Tèrin an krā, terrain escarpé (B Mett.). Noms de lieux (choix parmi plusieurs centaines; aire: SR). Au Crebolaz Vd Nov., au Crest Bollard 1718: u krəbòlā, prés; le Crêt Vd Ross., «lo crest dou Vion» 1316 (MDR, XXII, 450): u krè, mamelon; en Traylécret ib.: un trailòkrè [cf. tra], fr. rég. trèlòkrè, prairie; Belcrêt Vd Veytaux (CN 1264), en Belcrest 1690: in béikré, jardin, pré; Haut Crêt Vd Tavernes (CN 1244), Altcrest 1150, Altacrista 1236 (pour d’autres formes cf. MDR, XII b, index p. 237): a ó krè, hameau, autrefois abbaye; Crêt Meylan Vd Chenit (CN 1221): ao krè māèlan, bâtiments, prés; mètchinkrè Vd Lieu: pièce de terre (Piguet, Chenit, 14 n. 1); Sur Crêt Vd Oron (Sgf. 358), Suscret 1742: in sukrè, pré, champs, bois; au Pied du Crêt Vd Cuarny dès 1747: lò pi dao krè, champs; Sur les Crêts Vd Grandevent (CN 1183): su lè krè, champs, bois; les Crêts de l’Haut Vd Provence: lò krè də l’éə [eau], pâturages; en Crêt d’Avoz Vd Combremont‑Pt: in krè d’avó [aval], prés, bois; Cret d’en haut V Liddes: u krè d’amou (Mr.), krè d’amon (Jj.), quartier de Chandonne; Hréésse V Arb.: u hrés, prés (cf. Bull. Gl. XI, 79); les Crêts V Mollens, Crest de Molen 1441 (MDR, XXXIX, 231/32): i krè, prés; Sous le Crest G Aire‑la‑V., Sous le Crai 1810: jò l kré; Crêt de la Ville F Gru. (CN 1245), Crest 1614/15 (Sources droit, 139/40): lə krḕ de la vla, prés, champs; le Crêt commune de F (CN 1224): ó krè; Gros Crêt et Petit Crêt F Praratoud (CN 1204): lou gró krè, pti krè, champs sur une pente et sur un sommet; Crêt chez Jacques N Buttes: lò krè a djāk, champs; Crêt du Vent N Brév. (CN 1163): u krè d l’vra [vent], jardins, pré, pâturage; Fin des Crêts B Sonc., «en la fin des Craez» 1555 (A. Rais), champs; Champs des Craix B Mall.: i tchan dè krè, jardins, vergers, champs; Entre les Cras B Courchap.: antr lé kr, champs, prés; Peut Cras B Châtillon (CN 1086): a p [vilain] krā, prés, champs; Prés du Crote B Tav.: ò prḕ du krṑ, prés; Cras des Fourches B Delémont dès 1622 (CN 1086; cf. aussi S. jur. Ém. 1945, 149), Crault des Fourches 1600 (A. Rais): ā krā dé fòrtch, pâturages, forêts; Sous les Craux B Bois: dó l krā, prés, forêts, pâturages; le Cras B Soubey (CN 1105), «un champs dou [sous] le Craul» 1419 (A. Rais): ā krā, champs, prés, verger; les Cras, Dos les Cras B Bourr., les Creux 1770: dò l krā, prés, forêts. Voir Weigold, Sprachgrenze, 83; de Roche, Moutier‑Grandval, 28 et passim; Pier. Noms de fam. De Cresto G XIIIe‑XVIe s., du Crest G XVIe s., F Besencens 1555, dou Crest Vd Grandvaux 1279, Ducre(s)t Vd 3, 4, 6, V Vétroz, G Anières, Herm., F Vev., Promasens, distr. Sarine.

Doublet masc. de crête 1, 3o; FEW, II, 1352 a; DRG, IV, 185 a; Vincent, Topon. 205; Rät. Namenbuch, II, 115. Bien que nous n’ayons pas trouvé d’attestation antérieure au XIe s. (G. Fournier, Peuplement rural en Basse‑Auvergne, 395 n. 52, 596), il s’agit d’une formation plus ancienne, puisque son aire d’extension comme appellatif ou toponyme s’étend du Massif Central aux Alpes grisonnes et des Vosges à l’Italie septentrionale. Il reste cependant difficile de trouver une motivation satisfaisante à la création de ce masculin. Au point de vue formel, on ne voit guère de couple constitué en bas‑latin s. m./s. f. qui puisse fournir la base d’une formation analogique (cf. par contre, en rhéto‑roman, les analogies proposées par A. Schorta dans DRG, l. c.). Sur le plan sémantique, l’analyse comparée des toponymes crête et crêt en SR n’a permis d’entrevoir aucune spécialisation mesurable en termes précis. Il n’y a de différenciation qu’au niveau de la fréquence: en SR, crêt est nettement plus courant que crête, sauf dans Vd Alpes et V, où la proportion est inverse (il est curieux de noter que dans cette zone, crêt est parfois senti comme fr. face au patois krta). P.‑ê. faut‑il rattacher cette formation à la tendance constatée en bas‑latin de transformer des substantifs en adjectifs; cf. E. Löfstedt, Late Latin, 120 s., qui cite comme ex.: «ea quae in collibus locis et non in aquosis, set in siccis nascuntur», «locis nascitur canpis et lapidosis». On pourrait donc supposer qu’à partir d’une expression du type *«in cristis locis» on en arrive à *«in cristo loco», ce qui justifierait l’implantation subséquente d’un s. m. La possibilité qu’un neutre sg. au sens de «sommet isolé» se soit formé à partir de crĭsta interprété comme n. pl. collectif n’est cependant pas à exclure. — En fr., crêt est auj. admis comme terme scientifique désignant une forme typique du relief jurassien; cf. crêt et jurassien dans Grd Larousse Encycl. Il a été introduit dans la nomenclature géologique par J. Thurmann, Essai sur les soulèvemens jurassiques du Porrentruy, Paris‑Strasbourg‑Bruxelles 1832, p. 76: «Ainsi les masses redressées, auxquelles nous avons donné le nom de crêt, le portent en effet dans une grande partie de la Suisse occidentale»; cf. ib. pl. II et III. On peut s’interroger sur les raisons de ce choix, puisque le nombre des toponymes du Jura qui correspondent à cette définition est infime, et que ce sens n’a pas non plus été confirmé comme prédominant par nos corr. de B. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas jugé utile de retenir cette acception géologique, bien qu’à la suite de Thurmann elle ait été reprise et intégrée à la définition générale par la plupart de nos lexicographes régionaux, dont Pier. — Cf. les suiv. et chòkr, grtcha, krétn, krétsn. Kn.

Pour citer cet article : crêt (réd. Kn.), Glossaire des patois de la Suisse romande, fondé par L. Gauchat, J. Jeanjaquet et E. Tappolet, Genève, Droz, 1924-, Tome IV, p. 531.

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