ABBÉ, ab Vd‑F, ābé V 76, ab F 4 Posieux, n. de l. Vd Essertes, St‑Légier‑La Chiésaz, èb B; be V 80 Pfeiffer, n. de l. ab Vd Forel, bè ou bə Servion, ab Combrem.‑le‑Gr., cf. all. ap B Gléresse; n. de fam. ab(i) V 89.

‖ S. m. 1o Abbé, supérieur d’une abbaye; titre donné à un prêtre, prêtre. L’bḗ d Yslin, l’ab. du couvent de Lucelle (B). Èpl l’èbé vé si malèt, fais venir le curé vers ce malade (B Bonc.). On·n ò on·n abé kə vin du kanton də Fribour, nous avons un prêtre qui vient... (G Aire‑la‑V.). ‖ Séminariste (F, B). Monch l’abé l a bin bouna faṣon avé cha chotn·na, Mr le sém. a très bonne façon avec sa soutane (F Joux). ‖ Chef du groupe des «fleuristes» à la procession de la Fête‑Dieu d’Estavayer. C’est un jeune garçon vêtu d’une soutane noire et d’un surplis, qui dirige au moyen d’un pseudo‑bréviaire les figures exécutées par les fleuristes devant le Saint‑Sacrement (Volmar, Us et cout. d’Estav., dans Arch. trad. pop. VI, 10). 2o Chef d’une société profane nommée abbaye (voir abbaye 2o). Ainsi à Genève: «De abbate et abbatia juvenum [soc. de garçons] civitatis Gebenn., quam, ut dicitur, rev. dominus noster Gebenn. [l’évêque] gratam non habet» (1483. Reg. Cons. III, 272). «L’abbé [de l’ab. des fous] ha a pourveoir aux dances, aux mommeries, aux farces, et semblables; ce qu’ils faisoient aux depens des mariés par deux fois, que l’on nommoit chenevallerie [charivari], autre revenu n’havoient ils» (Bonivard, Pol. de Gen., MDG, V, 401). «Abbas civitatis», capitaine général de la ville, titre donné au chef de l’ab. de Saint‑Pierre. En 1528, un «abbas agricolarum», c’est‑à‑dire chef des paysans de la banlieue, est mis au «croton» [prison] (Galiffe, Gen. hist. et arch. 332). ‖ Chef d’une corporation de métier (Vd, F) ou d’une société de tir (Vd, dès le XVIIe siècle; N V.‑de‑Tr. et Locle, env. 1750‑1850). Roi de tir (Vd Blon.). «La noble Abäye estant assemblée, y président [‑ant] Monsieur l’abé» (Romainmôtier 1685. Amiguet, Ab. vaud. 102). «La place d’Abbé de cette noble Abbaye étant vacante par le décès de... il convenait de prendre des mesures pour le remplacer honorablement» (Proc.‑verb. de l’Abbaye [de tir] de Môtiers, 21 mars 1779. Mus. neuch. 1880, 72; ib., p. 73‑74, description de la cérémonie de réception d’un nouvel abbé). Spécialt. Chef de l’ab. des Vignerons, à Vevey, et président de la grande fête célébrée à longs intervalles. «Monsu l’Abbé lo vau bin | Que no no verceyen to pliein», M. l’ab. le veut bien, que nous nous versions tout plein (Description 1791, 27. Bibl. no 381). Après la Réforme, on tend à abolir le sens laïque d’abbé. A Genève, le capitaine général cesse d’être désigné par ce titre; à Fribourg, les chefs des corporations sont de bonne heure qualifiés plutôt de régents (Zunftmeister); au V.‑de Tr., le titre d’abbé tombe en désuétude dès 1830 (Pierrehumbert, Mus. neuch. 1920, 34); à Vevey et à Montreux, il est souvent modernisé par l’addition du mot président. 3o Noms de lieux: Bois l’Abbé, Bois et Champ à ou de l’A.; Chemin et Sentier à l’A., Vd Bex; Clos Lâbé B Court; Clos à l’A. Vd Chessel; le Pré l’A. B St‑Ursanne; au Pré à l’A. Vd Oron‑la‑Ville; La Selle l’A. ou à l’A. B Genevez et Tramelan 1775: pron. l’ab à Vd Bex, Oron, N St‑Blaise, B Court; Praz Domp Abbé Vd Servion, ou Donabes Essertes, ou Donnabes Forel (Lavaux): in prā dònbè ou ‑ə (S.), donab (F.), dounab (E.); Planche à l’Abbé Combremont‑le‑Grand: in pyants a l’bə; Champ Labes B Bévilard; Labe ou Labbet V Liddes: in l’bə; all. im gylap B Gléresse (cf. Zimmerli, Sprachgr. I, 46). Dans les lieux‑dits ó tsan l’ab (Champ à l’Abbé) Vd St‑Légier, En l’Oche l’Abet Echichens, Créaux d’Abbé F Écuvillens, se cache peut‑être le nom d’Abel. Noms de fam.: Abbé, Delabbé V: abi, dèlabi Grim., ou krè dəlabé, anc. propriété de cette fam. éteinte, à la montagne de Marais.

Emprunté au fr. Plusieurs n. de l. laissent reconnaître l’anc. nominatif abbas. En toponymie, le mot se confond avec Abel, peut‑être aussi avec abèr (B). Le sens profane se retrouve au midi de la France et en Italie, voy. P. Meyer, Doc. ling. 356, n. 2; Mistral; Salvioni, Rev. de dial. IV, 91 et les dict. haut‑it. Cf. abbesse, abékon. Gch. Mr.

Pour citer cet article : ABBÉ (réd. Gch. Mr.), Glossaire des patois de la Suisse romande, fondé par L. Gauchat, J. Jeanjaquet et E. Tappolet, Genève, Droz, 1924-, Tome I, p. 41.

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