abòts Vd Dum. (3e p. abtsè), Pl. du Rh., 10, 14, 15, 80, V 23, Ba., ‑outsi N 22, ‑otchi Vd 16‑20 (3e p. abtsè), N 21, 31, ‑outchi N 20, ‑òtchi 42, ‑tchi V 18, ‑tchyi 17 (transcrit «abeutihi ou abeuthi» dans Br. et Ba.), ‑òṣi G, «abochir» Dur.; abòtsyè V 47, ‑tchyè, ‑tchè 50‑52, 54, 70, 75, 80, 83, 87, ‑òtchyè 43, ‑otchyé, ‑tché 21, 42, 46, 50, ‑tyé 13; èboutchīə N 30. Fr. aboucher Hum., Pl. — Aire: Vd, V, G, N; voir la carte sous abòklyā.

I. Idée fondamentale: coucher sur la face. 1o V. tr. Coucher sur la face. Nə l’in tròvó abòtcha din na gòlyə, nons l’avons trouvé couché face contre terre dans une mare (Vd Pl. du Rh. Croisier). «I ne faut pâs abochir on neya», ... un noyé (G Dur.); pour la croyance voy. loup‑garou. «Quand vous retirez de l’eau un noyé, ne l’abouchez pas» (G Hum.). Fig. Faire céder, réduire au silence. Dzə l’ḗ bin abtsi, je l’ai bien fait taire (Vd Aubers.). 2o Mettre un vase ou récipient (verre, marmite, seau, hotte, etc.) sur son orifice, le fond en l’air (Vd, V, G, N). On n abòtsè lè tasè su lə rātèlai, on pose les tasses, le fond en l’air, sur le dressoir (Vd Orm.). Abṣè lə chèlyò pè k’i s’ègòti! retourne le seau pour qu’il s’égoutte! (G Dard.). Iz éklè ron abòtchyè su a tābla, les écuelles étaient renversées sur la t. (V Châble), Par ext. Retourner, mettre sens dessus dessous. Ne vèzin abotsi sé bokon po lə kopā, nous allons tourner ce bloc [de pierre] pour le couper (Vd 1 St‑Triphon. Croisier). «L’attrapè l’âssièta âi zâo et se l’abotsè su la téta», il attr. l’assiette aux œufs et se la pose sur la tête, le fond en l’air (Cont. 1899, 29). Avec influence du verbe abéka. Sè s p bḕ k sa tḕra s brīz, él abòtch to, il n’est pas étonnant que sa vaisselle se brise, elle entasse tout sans soin (N Couvet). Renverser accidentellement. Èl a abòtcha son vyrò, il a renversé son verre (Vd Leys.). Va adavi dé pa abotché sé sélyon, fais attention de ne pas r. ce seau (V Véross.). Jeter à terre (un fagot) (Vd Leys.). ‖ Spécialt. 1. Retourner les miches de pain, avant de les enfourner (G Vern.). 2. Tourner la terre par grosses mottes, quand on laboure les vignes avec le «fossoir». Kan y a gró dè pyapœ, dyon kə nə fó férè tyè d’abotchi lou kou in fosérin, quand il y a beaucoup de renoncules rampantes, on dit qu’il ne faut que retourner les mottes amenées par les coups de «fossoir» (Vd Orm.). 3. Faucher les céréales de façon que les épis tombent sur une seule ligne. Sèyi an·n abòṣan, faucher en «abouchant» (G Herm.). Sé blyò n’è pò bé gr, on póró l’aboṣi; ce blé n’est pas bien gros, on pourra l’«aboucher» (G Aire‑la‑V.). 4. Comme les ustensiles de laiterie sont lavés et retournés après usage et que cette opération marque l’achèvement de la besogne, on dit par ext.: abòtsi la lètèri, fermer la l. (au printemps, quand la campagne d’hiver est terminée) (Vd Leys.), et même abòtsi lə travó, se mettre en grève (ib.), abòtsi lə dja, cesser le jeu (ib.). Cf. aussi Y é abotchi mon vèro, j’ai retourné mon verre = je ne veux plus boire (N Couvet). Expressions analogues sous abòklya I 2o. 3o V. intr. Tomber sur la face (V Grim.). Culbuter, verser, en parlant d’un véhicule (Vd Alpes). Tə n’a pa su kondré, t’a abòtcha, tu n’as pas su c., tu as versé (Vd Gryon). In·n abòtsin on pu sè krèvā la téta, en versant [avec un char], on peut se casser la tête (Vd Orm.). 4o V. réfl. Se mettre à plat ventre (pour boire, pour dormir). «Un tel ne dort jamais sur le dos: il s’abouche» (G Hum.). 5o Tomber en avant. «Ce poure home s’est abochia su lô‑z‑egrâ». ce pauvre h. est tombé en avant sur l’escalier (G Dur.). En parlant d’un cheval, tomber sur les genoux. Ton ṣvó s’èt abòṣ, al è korən, ton cheval est tombé, il est couronné (G Bern.).

II. Idée fondamentale: incliner. 1o V. tr. Appuyer (par ex. une planche contre un mur) (N Brév.).; par ext. aussi en parlant d’une porte entr’ouverte (ib.). 2o V. intr. Pencher en avant, surplomber (Vd Alpes, V). Ṣa pra abòtsè dè fin pya, cette paroi de rochers surpl. de cinq pieds (Vd Leys.). C’est ici qu’il faut ranger deux noms de lieux des Alpes vaud.: 1. Pierre Cabotz, proprt pyèra k’ abòtsə, pierre qui penche (du côté d’Anzeindaz), «comme si elle voulait tomber» (Gryon), sommet de 2741 m., situé au‑dessus des Plans de Frenières (Sgf. 480; voy. la vue qu’en donne le Dict. géogr. sous Cabotz). 2. La pyèra k’ abots, bloc surplombant près de Corbeyrier. 3o V. réfl. Se pencher en avant, se courber (pour écrire, pour boire à une source, etc.). L è pā san dè tra s’abòtchye pòr ekrrè, il n’est pas sain de trop se pencher pour é. (V Liddes). S’appuyer en avant, la tête dans les mains ou posée sur les bras (Vd, V, N). Y avéi tan chnò kə ch’èṣ abòtchya chù la tabla, il avait tant sommeil qu’il s’est «abouché» sur la t. (V Évol.). S’e abotchya su a tyœutsə po plorā, il s’est penché sur le lit pour pl. (V Châble). [Bagasse, ivre] «vint sè cotta contre lo mouret dâo cemetiro; lâi s’abotsè on bocon po sè raclliâ», vient s’appuyer contre le mur du cimetière, se penche dessus un moment pour se nettoyer [le gosier ou l’estomac?] (Cont. 1902, 20). ‖ Part. p. Tè tənïn pā tan abotchy pò mədjyé! ne te tiens pas si courbé [sur la table] pour manger! (V Châble). Courbaturé. È abòtcha du rin, il a de la courbature dans les reins (V Premp.).

Hist. Composé de ad + bucca + are, dont la signification primitive était «mettre sur la bouche». Pour la formation cf. s’adenter «se courber» (Anjou). Le mot se retrouve, avec plusieurs sens analogues, en afr. (God.) et dans les patois modernes de la France surtout dans ceux de l’est et du midi. Chez nous, il a développé des significations multiples, qui offrent un parallélisme frappant avec celles du mot apparenté abòklya. A noter l’absence complète du mot dans le Jura B qui dit èbœtyiə, mot d’origine différente, ainsi que dans tout le territoire qui emploie abòklya. Voy. la carte sous ce mot. Cf. aboucher, èbéchnè, abòtch, abòṣon, bòtson. Tp. Jj.

Pour citer cet article : abòts (réd. Tp. Jj.), Glossaire des patois de la Suisse romande, fondé par L. Gauchat, J. Jeanjaquet et E. Tappolet, Genève, Droz, 1924-, Tome I, p. 67.

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