ABRAHAM, abrn Vd, G, N, F 63, ābran Vd 61, 90, B 47, bran Vd 51, F 31; comme personnage biblique abrām Vd 61, abrmò 14. — Dimin. et hypocorist.: abran·nè Vd 16, abranè, abrənè 14; bran 12, 21‑23, branè 10, 11, 14, 21, 92, brənè 61, brènè 21, bréné 22, 23, branon 10‑12, 14, brènon 11, 16, 24, brénon 22, branòtè 11, brènòtè 24, brénoté 22, brinó 61, brənouz (facétieux) 61; britchon N, britchənè 13; lăbran Vd 21, lābran G 20; bābran Vd 61, G 20. Fém. abranda Vd 61; comme n. de l. «A l’Abrannaz» F Pont en Ogoz: a l’brn·na. Lié à un autre prénom: Abraham‑Henri, abréri N 20, 31, abrèri 3 Locle, «Abr’Heiri» 50 Quin., branri Vd 92; Jean‑Abraham, djābran Vd 32, 35, 6 Naz.

‖ Nom individuel, plus tard prénom. «Albraam cognomine Gaudiani», serf dont les enfants ont des noms chrétiens (Vd 1158‑60. Charrière, Dynastes de Grandson, 120, no 42). «Arembors, uxor Abraam» (V Nend., env. 1250. Gremaud, I, 447). Dans la liste des Juifs de Lausanne auxquels l’évêque concède en 1419 certaines franchises, deux portent le nom d’Abraham: «Abrahe (datif) Clerici, ... Abrahe Tinturier» (MDR, VII, 500). A Neuchâtel, mentions fréquentes dans les documents de 1410‑1422 de «Habram, Abram, Abrahan, Abraham le Juif» (Mus. neuch. 1923, 69). A Fribourg, un Juif Abraham est aussi mentionné en 1426 (Rec. dipl. VII, 255). Lou non d’Abran sè balyvè ankè sov y a sousant an, le nom d’Abraham se donnait encore souvent il y a soixante ans (Vd Chenit). «L’ontho Franfai, l’ontho Branon», l’oncle François, l’oncle Br. (Agace, 18, 3). «Branottet ire on tot malin», Br. était un finaud (Lien vaud. 1903, 23). «On dzor Dzoset dit à Branet: Sâ tou, frâre, no fau allâ no confessâ», un jour Joseph dit à Br.: Sais‑tu, frère, il faut aller nous confesser (ib. 1901, 11). «Le mariedge de Suson avoué Britchon» (N Ch.‑de‑F. A. Huguenin, Chansonnier, titre). «E tè, brichon D’Ivernois», et toi, Abr. d’Iv. (N Tisanna, 26). «Britchon lo Piorno», Abraham le geignant (N Bér. Pat. neuch. 142). Noms de lieux: Les Prés Abram Vd Trélex (Sgf. 442): ó prā ābran; lou tsan a l’onḥlyou ābran Chenit; Es Praz Labran Provence: lə prā l’abran (ou labran?); En Combaz Abram Ollon: in konb abran; l’ts a djābran [Jean‑Abraham] Naz; le Champ d’Abraham V Grône: tsan d’a bran; Aux Prés Labran N Savagnier: è tchan labran; Chez le gros Abram B Romont; Ordon Abraham Develier 1775; Oeuches derrière chez Abraham Garraux Malleray: dəré tchi abran garó. Noms de fam.: Abraham, nom de plusieurs fam. de Genève (Dict. hist. I, 140); Labran, à Chézard N, écrit Abram, Habram, Habran aux XVe et XVIe s.; jusqu’à la fin du XVIIe, Abram alterne encore dans les actes avec Labran (Arch. N; cf. A. Dreyer, Toiles peintes en pays neuch. 25, n. 3; Mus. neuch. 1879, 24). Le rapport avec Abraham est plus problématique pour Bram, Bran, Brant, au Landeron (XVe‑XVIe s.; Perroud libran en 1432), et les Brandt des Mont. neuch., dont le nom apparaît à la fin du XVe s. sous la forme Brant (Arch. N; Dict. hist. II, 287).

Hist. Le nom d’Abraham a été très peu usité au moyen âge dans la SR, si ce n’est pour désigner des Juifs. Les huit volumes d’anciens documents valaisans publiés par Gremaud n’en offrent qu’un exemple. Nordmann a relevé dans Matile, I, 180 un Abraham de Vaulengins mentionné vers 1280 et qui devait être chrétien (Mus. neuch. 1922, 129); mais le texte de Matile porte Araham et non Abraham, et la lecture de ce passage devrait être vérifiée. Un Abram le Juif était déjà établi à Neuchâtel à la fin du XIVe s. (Mus. neuch. 1923, 69, note) et d’autres personnages ainsi appelés jouent un rôle à Neuchâtel et à Fribourg pendant le XVe s. Dans sa liste de noms et surnoms usités dans la SR au moyen âge et au XVIe s. (Rev. d’hist. s. III, 426 ss.), Muret ne signale pas d’Abraham antérieur aux Juifs de ce nom mentionnés à Lausanne en 1419. Ce n’est qu’après la Réforme que le prénom Abraham devint courant dans les cantons protestants. Sa vogue est très grande à partir du XVIIe s., surtout en pays vaudois et neuchâtelois. Même le Vuilly catholique, contaminé par la mode des noms bibliques (Æbischer, Noms de fam. dans le canton de F, 103, note 1), offre à cette époque des exemples d’Abraham. La vitalité de ce prénom dans le district d’Aigle se manifeste par la quantité de diminutifs et de formes hypocoristiques qui s’y sont développés. Sa fréquence spéciale a donné lieu au sobriquet d’abrami, appliqué aux habitants de la Vallée de Joux, et à celui de britchon, pour désigner les Neuchâtelois (voir ces mots). Abraham se joignait ordinairement à un second prénom, qui pouvait ne pas être un nom biblique. Une combinaison des plus répandues était Abraham‑Louis; Abraham‑Henri était fort commun dans le pays de Neuchâtel, où Henri rappelait le nom d’un souverain très populaire. Abran a été autrefois la prononciation générale en fr. (cf. Adam) et s’entendait encore au XVIIe s. (Thurot, Pron. fr. II, 475). Chez nous, une distinction s’est établie entre abrām, personnage biblique, et abran, prénom. L’l de labran provient de la soudure de l’article, favorisée par la tendance à intercaler l entre deux voyelles en hiatus (voy. à, p. 26, 5o). Babran s’emploie surtout comme variante de baban «nigaud, niais». Pour la formation dimin. (a)britchon, cf. en fr. cornichon, folichon. Le n. de l. fém. l’Abrannaz désigne la propriété d’un nommé Abran, suivant un procédé fréquent dans la toponymie. Jj.

Pour citer cet article : ABRAHAM (réd. Jj.), Glossaire des patois de la Suisse romande, fondé par L. Gauchat, J. Jeanjaquet et E. Tappolet, Genève, Droz, 1924-, Tome I, p. 70.

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