Tome I page 616
 

armaly, ‑ī Vd 10, 23, Alpes Br., 31 (ār‑), 32, 34, 36, 61, Dum., V 86, Ba., G 1 Confignon, F 10, 12 (ou èr‑), 13, 14 corr. (r‑ ALF), 15 (ou èr‑), 1 Co., Gé., 30, Helv. Alm. 1810, ‑alyè V 40, ‑aẓi Vd 13 (ou ‑alyi), 21 corr. (‑éẓi Hen.), Br.‑adhi»), ‑ayi Vd 68, F 34, 51, 6 Courtion; èrmalyi Vd 69, Br., F 1 Bor., 21, 33, 3 Siviriez, Villarimboud, N 22 (importé), ‑ai Vd 16, ‑aẓi 14, ‑adi 24, ‑ayi F 31, 4 Lentigny, 56 Gch. (ar‑ corr.); fém. armalyirə Vd Dum. (ou èr‑), èrmalyira Jorat Favre. Forme agglutinée jarmalyi F 1 Rom. IV 227. Anc. formes armallie F 1497, ‑ally 1654, ermally 1663. Fr. armallier Vd 1538, ‑al(l)ier, ‑alyer, ‑aillier, ‑iez F XVIe‑XVIIe s.; armailli F Gr. (ou er‑), SR Littré Suppl., Larousse XXe s., Pier., Dict. hist. I 407, airmailli F Gruy. Sciobéret, armailler V Évol., ‑ier G Rey.ALF 128 (berger) F 14.

‖ S. m. 1o Vacher, domestique chargé du soin du bétail, en particulier du bétail bovin (Vd, F spor., peu usité aujourd’hui). «Bastian l’armallier», serviteur au couvent de la Lance (Vd Concise 1538. MDR, XXXIV, 576). «A Pierre l’armaliez pour son sallieroz [salaire]» (F 1565. Comptes Part Dieu. Arch. F). «Au petit armallier, oultre ses habillemens» (F 1569. Comptes Humilimont. Arch. F). «Ledit Guilliet donnerat à l’armally dix escus de couvent [gage convenu]» (F Roche 1659. Reg. not. no 236, 398. Arch. F). On bou·n armayi gnyè bin son salrou, un bon a. gagne bien son salaire (F Gr.‑de‑V.). Spécialt. Trayeur (F). «Lès mans dè l’ermalli le plus sutti, sin dotta, | Farrant deis vains effouârts por ind aryar la gotta», les mains du trayeur le plus habile, sans doute, feraient de vains efforts pour en traire la [moindre] goutte (Gruy. Python, Buc. 95). Ché dyèrhon l é on bon·n ermalyi, ce domestique est un bon trayeur (Villarimboud). ‖ Fém. Bergère. «Ma galésa hermaillîra, | Rapertse ton tropî», ma jolie bergère, rassemble ton troupeau (Vd Jorat. Favre, Romance, str. 1). 2o Nom générique des pâtres chargés de soigner et de surveiller un troupeau de vaches estivé à la montagne; ensemble du personnel d’un alpage (Vd et F Alpes, ailleurs spor. ou fr. régional). «Pour les armailliez et cusiniers» (F 1555. Comptes Valsainte. Arch. F). «En compagnie de plusieurs vachiers ou armailliers, ilz prirent un mouton» (F 1625. Livre noir, XI. Arch. F). «La fille ... sera norrie avec les ermally» (F Gruyères 1663. Reg. not. no 2719, 54. Arch. F). «Lé z’armailli dei Colombetté | Dé bon matin sé son lévâ», les a. des Colombettes [en Gruyère] se sont levés de bon matin (F Gruy. Ranz des vaches, str. 1, éd. Tarenne [1813], 65). Lèj armayī mton la dəmindzə lou bī jilè a mandztè brodṑ, les a. mettent le dimanche le beau gilet brodé à manches courtes (F Villarg.). «Va t’in chalâ ma mula, | ... Por alâ in Chajîma | Lè j‑armaly trovâ», va t’en seller ma mule, pour aller à Saziéma [alpage] trouver les a. (F Gruy. Conto dè Grevire, str. 3‑4, éd. Reichlen). Jarmalyī, pòyī vò achtou? a., allez‑vous bientôt à la montagne? (F Gruy. Chanson. Rom. IV, 227). Kan chin vin kontrə l’ton, chtj armalyī rètrnon b, quand l’automne approche, ces a. redescendent [de la montagne] (F Grandv. Chanson. Hæfelin, 151, 71). Chə fa pou tin, léj armalyi rston achéta outa dou mouré. Léj on l an chin dou fu, léj tro fmon lou ppa, brton dou chéré é répchon lə tin pacha, s’il fait mauvais temps, les a. restent assis autour du muret [qui entoure le foyer du chalet]. Les uns entretiennent le feu, les autres fument leur pipe, rôtissent du sérac et passent en revue le temps d’autrefois (F Grandv.). «L’è por cein que tzanto, que riso, | Quand bin q’ne sêio | Pas pire armaillî, | Que me diessont boûbo, | Boubo dai tschevrî», c’est pour cela que je chante, que je ris, bien que je ne sois pas même a., qu’on m’appelle petit berger, petit berger des chevreaux (Vd Jorat. Favrat, Mél. 205). «En général, les armaillis [fribourgeois] restent ainsi quatre ou cinq mois dans les hautes Alpes entièrement séparés des femmes, et souvent même des autres hommes» (Sénancour, Obermann, éd. 1804, lettre 38, note). «Alors s’avance la cohue bruyante des pâtres des Alpes, les armailliers» (Rey, Genève et Léman [1869]. Pier.). «Quatre robustes gaillards attifés en armaillis ... remplissaient l’air de leurs iodlers, de leurs liaubas [à Interlaken]» (Rod, Rev. Deux Mondes, 15 déc. 1906, 747). «L’armailli du Moléson», poésie en fr. d’Ignace Baron, reproduite en partie Cont. 1908, 21. Nom de lieu: lə chindḕ dij armayi F Tour‑de‑Trême, sentier de Broc à Morlon dans les bois de Bouleyres. 3o Spécialt. Chef de l’exploitation d’un alpage, qui dirige le personnel et fabrique le fromage (Vd Alpes, Blon., F). «A l’armallie, pour une chargiz de saul [charge de sel]» (F 1497. Comptes Hauterive. Arch. F). «Pierre de Hois, maistre armalier» (F 1559. Comptes Part Dieu. Arch. F). «Armailli, le fruitier» (Ebel, Manuel [1810], I, 316). L’armai vin bā di la montanyə, portin na mta sur on·n ozé, l’a. descend de la montagne, portant un gros fromage gras sur un oiseau [sorte de hotte pour le transport des fromages] (Vd Orm.). Él ə dəfəslò dè tròvā dè bonz èrmaẓi u dzòr dè ai, il est difficile de trouver de bons fromagers aujourd’hui (Vd Leys.). ‖ Gardien en chef du troupeau (Vd Flendr.). ‖ Dans la plaine, propriétaire d’un grand troupeau ou celui qui le soigne et l’exploite (Vd Moratel, Bibl. rom. I, 103).

Hist. Dérivé de armlyə par le suffixe ‑arius; FEW, 97. Pour le dével. phonétique, cf. l’hist. de armlyə. La var. arméẓi à Vd Ross. (gloss. Henchoz) est un ex. archaïque de l’action régressive de l’i sur un a précédent, très commune dans la Gruy. voisine. La formation d’un dérivé en ‑ier pour désigner la personne qui s’occupe du gros bétail a pu se produire facilement dans tout le territoire d’armlyə. Mais aujourd’hui, et déjà dans nos anciens documents, ce terme est confiné presque entièrement dans les Alpes fribourgeoises et vaudoises. Il est lié à l’exploitation des pâturages de montagne et est devenu l’appellation spéci‑ fique des pâtres qui y passent la saison d’estivage avec un troupeau de vaches. Il tend à devenir le nom du vacher ou fromager professionnel, qui peut émigrer et aller exercer son activité dans le Jura et ailleurs, partout où l’économie laitière s’organise de façon analogue à celle des Alpes. Cela explique que le mot ait pu se répandre assez loin en dehors de son foyer principal. De plus, sa diffusion est due aussi au fait que l’armalyi fribourgeois est devenu un représentant typique de la vie pastorale alpestre. Le premier vers, cité plus haut, du fameux Ranz des vaches fribourgeois a beaucoup contribué à la vulgarisation du mot armalyi, qui a passé dans le fr. régional de la SR en conservant sa terminaison patoise. La forme adaptée au français, armaillier, fréquente dans les anciens documents fribourgeois et dont nous citons un ex. moderne, n’a pas prévalu. En Valais, où armalyə existe et où l’estivage des vaches joue aussi un grand rôle, le dérivé en ‑arius est à peine connu. Il n’a été recueilli qu’en deux points isolés, Sembr. et St‑Luc, où il peut être d’importation récente. Armaillë est aussi signalé dans le V. d’Aoste comme synon. de vatseran (Cerlogne). En Savoie, il existe des ex. anciens: armailly (Faucigny 1304. MDG, XIX, 324), armallier (Genev. Faucigny 1661. Rev. sav. 1879, 3); mais Const.‑Dés. n’ont relevé armalyi qu’à Moûtiers en Tarentaise et Fenouillet fait suivre ses formes armailli, ‑aillé de l’indication «Valais». La Franche‑Comté n’emploie pas armalyə, mais armalyi y est connu dans la partie méridionale, surtout dans le voisinage de la Suisse: Fourgs armailli, erm‑, Pontarlier armailli, ‑aillé (Collinet), Jura id. (Monnier), Grand’Combe, fr. rég. armayé. La traduction «berger suisse» en ce dernier endroit rend fort probable que le mot a été importé de Suisse. Pour l’anc. fr. God. donne (sous alm‑) un seul ex., non localisé, de aumaillier (1347), qui correspond au romand armalyi. La carte berger de l’ALF n’a noté armalyi qu’à F Gruyères. Ke. Jj.

Encycl. Le type de l’armailli est une des figures les plus populaires de la SR. Il doit sa popularité avant tout à la célèbre chanson Le Ranz des vaches, dont les 19 couplets racontent une histoire arrivée à des armaillis, puis à la Fête des vignerons, à Vevey, dont les armaillis, introduits depuis 1819, forment un élé‑ ment important (Ed. Rod, Fête des vignerons, 35), sans compter les nombreuses illustrations où ils sont représentés. Il existe aussi une «légende dramatique» en deux actes, intitulée Les armaillis (Paris, 1906, texte de Cain et Baud‑Bovy, musique de G. Doret), mais elle a été peu représentée en Suisse. Le maître armailli, chef de l’exploitation de l’alpage (appelé ailleurs fruitier, maître; aussi fromager) a la haute main dans la direction du chalet. Les autres employés, soumis à ses ordres, lui témoignent un respect et une déférence consacrés par la tradition. En dehors de ses soins de directeur général, il s’occupe spécialement à faire le fromage et à le soigner. C’est pour un modeste salaire payable en nature que les armaillis faisaient autrefois leur service. Dans la région d’Aigle, par ex., le maître armailli recevait, outre les 5 fr. d’arrhes, le produit du lait d’un jour de tout le troupeau, et avait droit au rendement moyen d’une vache pendant la durée de l’estivage. — Costume; voir les fig. Coiffé d’une calotte de paille ou de cuir (kpa), parfois ornée de grains de verre de couleurs variées, l’armailli frib. et vaud. porte un long pantalon de drap grossier, autre‑ fois boutonné le long de la jambe, et un gilet à manches très courtes, le brədzon, laissant les bras nus jusqu’au‑dessus du coude, pour qu’ils puissent plonger dans la profonde chaudière. Selon les circonstances, il est pourvu d’un sac à sel (loy, takta) avec son cornet à graisse pour traire (kornta). Il s’appuie sur une canne à poignée recourbée, appelée krosta. Pour les jours de fête il aime mettre une chemise repassée toute raide, où est marqué son nom en grandes initiales de fil rouge, des bas longs, des culottes courtes, parfois de velours, et un beau brədzon brodé, à manches bouffantes, sur lequel reluisent des boutons de métal. On le voit porter parfois une ceinture brodée, une chaîne de montre avec une grosse clef en argent, et un chapeau orné de fleurs sur la tête. Il a l’habitude de fumer une pipe de buis, dont la tête est surmontée d’un couvercle de laiton. A consulter; Olivier, Cant. Vaud, I, 214, note; Luchsinger, Älplerfamilie, 271 ss.; Heierli, Volkstrachten, III, fig. 9 et 10; Brockmann, Schw. Volksleben, II, fig. 168. Tp.

Pour citer cet article : armaly (réd. Ke. Jj.Tp.), Glossaire des patois de la Suisse romande, fondé par L. Gauchat, J. Jeanjaquet et E. Tappolet, Genève, Droz, 1924-, Tome I, p. 616.

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