Tome II page 448
 

BŒUF, bo, baou Vd 10, 11, 21‑24, 36, 41, 61‑63 (bò), 69 (b), 73, 92, Br.bau»), Dum., Cont., F 10, 14 (ou ), 1 Bor., 40, 56 (b), 61, bó Vd 30, bu 31, 32, 33, 40 (bāo, b), 50, F 1‑5, b Vd 35, 68, 91, F 60, Vd 74, 85, 90, F 63, bō Vd 12, bœu, bœ Vd 13, 17, 19, 1 Alpes d’Ollon, V 12‑16, 18, 22, 23, 30‑32, 34, 35, 40, 42‑47 (bu Tabl.), 50, 53‑55, Ba., B 2, 32, 33, bou V 17, 42 var., b 33, 41, b Vd 15, 18, 1 Ollon, 51, 53 (bu), 54, 70, 82, V 20, 21 (bu Fankh.), N 1‑5, 61; bou V 70, 71, 73, 75, 83, 86, 89, b 51, bu Vd 14, 16, 42‑44, 46‑48, 80, V 10, 11, 36, G, B 13, bi 10‑12, bœi 20, buə N 30, B 3‑6, Ra., Qui., Gué.; buo Br. var. (erreur). Anc. formes bou F XVe s., bouf 1426, pl. bouz 1422. Fr. bof G Pier.Zi. II, vi; III, viii; Rel. phon. 1899; Tabl. 87; ALF 141 (bœuf, bœufs), 1287 (taureau).

‖ S. m. 1o Veau mâle (Vd, F passim). La vats ly a fi on bā, la vache a fait un veau mâle (F Gru.; id. Vd Orm., etc.). Cf. vi bao sous Composés, 7o 1.

2o Bœuf châtré, utilisé comme bête de trait et de boucherie (Vd‑B). Gró bā, b. de plus de deux ans (F Gr.‑de‑V.). Bao d’aplyai, b. d’attelage (Vd Pailly, etc.). «On par dé bau» (Vd Dum.), l’aplei di b (V Cham.), paire de b. qu’on attelle au joug. Djindr dò b i dju, accoupler deux b. au joug (N Brév.). Bṑ də drātə, bṑ dèv la man, b. de droite, de gauche, dans cet attelage (Vd Sassel). Mètr lé b bè du tchèr [bas du char], dételer les b. (B Plagne). On bœu sœudan trè atan tyè on tsəvó, un b. seul [attelé au collier] tire autant qu’un cheval (Vd Alpes d’Ollon). dé grda, b. à l’engrais (F Sugiez). Grè buə, b. gras (B Sépr., etc.). Noj an yu pachò lè bā dè Ptyè, nous avons vu passer les b. gras de Pâques (F Ch.‑St‑D.). En SR comme en France, un cortège de b. gras était organisé à l’époque de Pâques par les bouchers, dans les grandes localités. Cette coutume est tombée en désuétude. ‖ Viande de bœuf, bœuf bouilli. ‖ Sens spéciaux: 1. Bouvet, rabot spécial pour faire les rainures et les languettes des planches à assembler (V Pains., B Bois, Sépr.). 2. Roi des cailles (Rallus crex) (Vd Leys.). 3. Sorte de scarabée aquatique. Br. 31 rapporte une anecdote qui lui aurait fait donner le nom de «bau d’Arnex» (Vd). 4. Ver de la noisette (F Villarg.). 5. As d’atout, cette carte étant la plus forte (F).

3o Taureau (Vd Alpes, 6, 9, V passim, G, F, B). «De plus, at encors promit d’enchottiner [estiver] avec les dictes vaches un bœuf propre pour le service des vaches» (F 1688. Not. De Mynsiez. Mi.). On bu kòu, un t. reproducteur (Vd Orm.). Vadjè l buə, avoir en garde le t. banal (B Charm.). Lou b dè koumon, le t. du troupeau communal; fig. l è pī [pire] tyè on b dè k., il est très porté à la paillardise (Vd Oron). Məna na vats u bu, conduire une vache au t. (Vd Orm.). Bèyiə lé buə, «donner les t.», id. (B Courf.; B emploie toujours le pl. dans les expressions de ce genre). Man·nè lé buə, «mener», demander le t. (B Charm.). Vòli [vouloir] lè bā, id.; se dit aussi par plaisanterie d’une pipe dont le tuyau est obstrué (F Gru.). Loc. «Être à bœuf», être en chaleur, en parlant de la vache; expression grossière, appliquée à des personnes (V). I ats èt a b (Nend.), lì vats l èṣ a bou (Grim.), etc. Tsatny è a bœu, fódré a məna prndrè, Châtaigne [nom de vache] ..., il faudrait la faire saillir (Erde). Itr a b, fig., être ivre (Aven). Pr·ndrè lo b (V Miège), par lé buə (B Charm.), être saillie (id. G, F). Y ar nou ma l vtyon k l  pr lo bu, il y aura neuf mois le vingt‑et‑un qu’elle a été saillie (G Bern. Bull. Gl. I, 26). Kan ly è bon ly è prā, kə djè la vats ou bā, quand c’est bon c’est assez, disait la vache au t. (F Gru.). ‖ Taureau, signe du zodiaque (Vd, V, F, B). Croyances. Les pommes de terre plantées sous le signe du Taureau ont le bout fendu comme un mufle de t. (F Gr.‑de‑V.) ou provoquent le «brûle‑cou» (sensation de brûlure dans la gorge) quand on les mange (Vd Blon.). Semer ou planter des choux à la même époque leur fait venir le «gros pied» (B Charm.).

4o Fig., en parlant de personnes. Individu borné, grossier. Kaizə té, bou! tais‑toi, imbécile! (Vd Penth.). Gró b! injure à l’adresse d’un lourdaud sans éducation (Vd Chenit), d’un garçon inintelligent (Vd Vullier.). S’ā ïn grochiə buə, c’est un butor (B Charm.). Sobriquets. Les Bœufs est le sobriquet des habitants de Vd Vuarrens et Lignerolle (Chabloz, Sobriquets, 19), B Montavon et Vicques. Comparaisons. Yó k’on bā, fort comme un b. (F Grandv., etc.). T’ā on·na fòrf dè bœu, tu as une force de b. (V Praz‑de‑F.). Bḗt kom ïn buə, bête ... (B Mett.). San l è pyə biṣə tyè lə bā, cela est plus bestial que le taureau (F Gr.‑de‑V.). Tèṣu kmin on bā, têtu ... (F Gruy.). trè kmè on b asómó, être entêté (V Véross.). Grbò kəmin on bā, grossier ... (F Crés.). Alā plyan k’on bā, aller lentement ... (F Grandv.). [Avoir] lə pa də b, la démarche lourde et lente (N Brév.). Travalyī koumè on bou, travailler ... (Vd Month.). «Châ [suer] coumeint dâi bâo», s’éreinter de travail (Vd Cont. 1901, 28). Təri koumè on b, tirer ... (Vd Oron). Ḥouəḥè kom ïn buə mā tyḕ, haleter comme un b. mal tué (B Charm.). Sin·nyiə kom ïn buə, saigner ... (ib.). Brulyè kòmè oun bu, beugler comme un taureau (V Isér.).

5o Dictons et proverbes. Por bun alévā, fó léj anḥan baou è lé dzné vtsé, pour faire de bon élevage, il faut que les taureaux soient vieux et les vaches jeunes (Vd Étiv.). Vó mī trè bœu in Tsəzīrə tyè fna in·n Uèmə, il vaut mieux être b. à Chesières que femme à Huémoz; à Ch. les terres à cultiver sont accessibles par des chemins carrossables, tandis qu’à Huémoz, on n’y arrive que par de mauvais sentiers (Vd Alpes d’Ollon). Parai dè bœu, dè vtsè, «pareil de b., de vaches», chacun est traité de même (V Lourt.). S’ā kman lé buə d’Oké, lə mèyou n vā p l’ātr, c’est comme les bœufs d’Ocourt, le meilleur ne vaut pas l’autre; se dit de choses d’aussi mauvaise qualité l’une que l’autre (B Épauv.). Bao por tè fā, lè krnè chon tyè, «fais le bœuf pour toi, les cornes sont tiennes», conduis‑toi comme une bête, c’est toi qui en auras la honte (Vd Ross.). S n’ā poun·ə èdé lḗ gró būə k’èran lḗ tchin, ce n’est pas toujours les gros b. qui labourent les champs (B Fches‑M. A. tr. p. XIII, 43); cf. les var. citées Gl. I, 551 b. Bayiə é·n  por avāə aïn b, donner un œuf pour avoir un b. (B Plagne, etc.). Var. Balyi on plyu pè ava on bu, d. un pou pour avoir un b. (G Bern.). U pourə, on·n u vó on bu, pour le pauvre, un œuf vaut un b. (Vd Orm.). È vā m an pè ïn·n uə k’an dyiər ïn buə, il vaut mieux avoir un œuf en paix qu’un b. en guerre (B Épauv.). Mètr la tyḕri [charrue] avan lou bu, marier les filles les plus jeunes les premières (G Herm.).

6o Noms de famille: Bœuf Vd Marnand; Desbœuf B Delémont; Desbœufs Courgenay, Courtedoux, St‑Ursanne. Noms de lieux (choix): Ruz [ruisseau] eys Baux Vd Ursins 1667. Mi.; Crêt di Bau Planches (Sgf. 465); Écorche Bœuf Carrouge (307); Peilaz Bœuf Pailly (296); Pisse Bœuf Crissier (438); Poimbœuf Vallorbe (291); les Poimbœufs N Cressier (136); Bœuf errant V Monthey (476); Plan Bœuf Ors. (529); la Cierne aux Bœufs F Estavannens (458); Pâquier aux Bœufs Berlens (343); au Parc es Bœufs Montb. 1689. Mi., etc.

7o Composés: cf. arrête‑, baigne‑, bourse, langue, nerf, œil, pied, pique‑, tête, etc. 1. Vi bao (Vd Flendr.), vé bou (V Mase), vi bā (F Gruy.), vé bœ (B Mall.), veau mâle, taurillon. 2. Bœu modzə, taureau de deux ans (V Voll.). 3. «Bœuf tort», taureau (F 1689. Not. De Mynsiez. Mi.); b tò, taureau de trois ans (V Évol.); cf. tratò, t. de quatre ans (ib.). 4. Bāo rètā, vieux taureau hors de service (F Gruy.); cf. «retoueir», bœuf qui a passé deux ans (Vd Alpes. Br.). 5. Bā intyè (F), bou intyè (Gru.), bā ntyè (Estav. ALF 1287), etc., bœuf «entier», taureau. 6. tsṣro (F Ch.‑St‑D.), bou tsṣro (Gruy.), bó tsṣrou (Villarg.), bœuf coupé. 7. Bāo dè marè (Vd Villen., Nov., Br., Dum.), — (F Sugiez), butor (Ardea stellaris), appelé «bœuf des marais» à cause de son cri sourd et prolongé. 8. Erba a b, vipérine (Echium vulgare L.) (V Aven).

Dérivés: bòv N 40, jeune bœuf; cf. bov; bòvaln F 15, petit b.; bòvatn G 17, jeune taureau; Vd 61, jeune b.; bòvats F 2, id.; bòvayn V 32, id.

Hist. Du lat. bŏvem, accusatif de bōs; REW 1225; FEW, I, 445. Comme c’est la règle en SR, on constate que dans toute la partie centrale du territoire, l’o ouvert tonique libre a abouti au même résultat que l’o fermé dans les mêmes conditions: (o), (u), etc. Le dével. régulier bŏ‑ > be‑ ne se trouve qu’à la périphérie, principalt dans V 6‑8 bou, G bu, B buə. A noter aussi que la pron. de la diphtongue de bāo peut varier au même endroit, suivant les conditions syntaxiques et l’intensité d’articulation. Dans certaines localités, ces différences peuvent aller de en finale à bou en proclise (F Gruy.), ou de bu (final) à bou (procl.) (Vd Blon.). La var. buo, notée par Br., n’a été relevée nulle part et est sans doute une erreur pour bou ou bue. La pron. pop. fr. bof, à Genève, est une exagération de l’ouverture de qui n’est pas particulière à ce mot; on dit de même of «œuf», pople «peuple», etc. (Pier.).

L’élevage du bœuf n’étant pas pratiqué dans les contrées montagneuses où son emploi comme bête d’attelage n’existe pas, le nom qui le désigne y est peu usité. En Valais, il tend pour cette raison à être supplanté par btchyo, nom du veau mâle ou du taurillon. Une particularité de la SR est de faire usage dans une large mesure du mot bœuf au sens de «taureau». Ce dernier terme n’est employé que dans B, toré, concurremment avec bœuf. N et une bonne partie de Vd le remplacent par mklyo, proprt «mâle». Dans le reste du domaine romand, c’est essentiellement bœuf qui cumule les sens de «bœuf» et de «taureau». Lorsqu’il importe de préciser, on a recours à l’addition de mots distinctifs. Plusieurs de ces combinaisons sont réunies sous 7o, parmi les composés. Voir pour plus de détails sur les appellations du bœuf et du taureau en SR l’exposé de Tp. dans l’Archiv f. neuere Sprachen, t. 131, 97‑102. Cf. bod, bœufferie, bva, bol, bòln et les nombreux dérivés sous bouv‑, bov‑. Jqn. Jj.

Pour citer cet article : BŒUF (réd. Jqn. Jj.), Glossaire des patois de la Suisse romande, fondé par L. Gauchat, J. Jeanjaquet et E. Tappolet, Genève, Droz, 1924-, Tome II, p. 448.

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