Tome II page 902
 

bynyo V 51 (byèi‑ ou bèi‑ Sch.), 71 (byḗi‑ Ke.), 75 (ou byé‑), bye‑ 73, byë‑ 7 St‑Martin, byə‑ 74, byèi‑ 76, blyènyo 80; bynyo 46, 47 (byounṅnyo var.), 4 Bagnes Br., 54, 5 Conth. Ba., 60 (byu‑ De.), byó‑ 46 Gch., 4 Bruson id., byò‑ 61, byon·nyo 46‑47 var., blounyo 45, 60 var., blonyou 70 Ba., bounyo 4 Bagnes Br. var., 60 Mr. (ou bunyo); bimo ou bèïnmo 41, 42, bèmo 41 Mr. (bé‑ Ba.). Anc. formes biogno V 7 Hér. lin XIIIe s., byonioz 4 Bagnes 1473 (imprimé byouroz dans Rev. hist. vd. IV, 348), byenyoz, byennoz Bagnes 1539. Cf. n. de l. — Pult, Gletscher, 38; Scheuermeier, mat. ms.

‖ S. m. 1o Glacier. «Item ursi et hyrci qui capiuntur ... de lo biogno de Perretz versus la Rouva ... sunt dominorum de Herentz» (Hér. fin XIIIe s. MDR, XXXIII, 453). «Ad summitatem ruesie [glacier] sive loz byenyoz de Obtema [Otemma]» (Bagnes 1539. Mi.). Kan le bynyo vnyon neik lì tin tsndzè, quand les glaciers deviennent noirs le temps change (Vernam.). I byn·nyo vrdon rin dədin, rnzon tò sin kə tché din i fèḥlə, les glaciers ne gardent rien dans leur sein, ils rendent tout ce qui tombe dans les crevasses (Châble). Le bynyo chat an avnson, chat an rəklon, les glaciers avancent sept ans et reculent sept ans (Vernam.). I djyon ky’amou pèr lèi l a oun blnyo kyë chtè, on dit que par là‑haut, au sommet du Valais, il y a un glacier qui éclate périodiquement (Sav.). Fontna de byn·nyo, puits de glace, trou plein d’eau dans un glacier (Lourt.). Loc. L è tòt in·n on bynyo, tout est couvert de neige (Aven). Noms de lieux (choix). O byn·nyo du djtro, le gl. du Giétroz (Châble); o byn·nyo d’ā tsó, le gl. de la Chaux (ib.); o blnyo dou brótsè, le gl. du Brotset (Sav.); lə bynyo də la darbonrè, le gl. de Derboneire (Hérém.); lì bynyo də fèrpḥlyo, le gl. de Ferpècle (Évol.). 2o Par ext. Endroit où la neige ne fond pas en été (Vernam.). ‖ Tas de neige glacée qui, au printemps, reste sur les chemins et fond difficilement (Nend.). ‖ Monticule de glace se formant dans un endroit où ordinairement il y a de l’eau (Lourt.). 3o Tas, accumulation, de neige, de roc, de foin, spécialt couche de foin qu’on prend au tas (Lens, seul sens attesté). 4o Poche d’eau dans un glacier (Ors. De.).

Dérivés: byényt V 75, s. m., petit glacier; n. de l. le Biègnet ou la Biégnette (Sgf. 528), glacier dans la vallée de Ferpècle sur Évol.; voir Guex, La mont. et ses noms, 142.

Mot d’origine inconnue, sans doute pré romane. La présence de anc. Hérens biogno dans l’aire actuelle de bynyo, celle de anc. Bagnes byenyoz dans l’aire actuelle de bynyo font penser que les deux types remontent à une base commune qui serait à peu près *byouenyo. Cf. V pyolta «hache» qui, à partir de pyò·ta, a donné à la fois Isér. pyta et Bagnes pyta; F Gruy. bejn «besoin» contre V Ann. bej·n. L’écart qui existe entre la première syllabe de bynyo / bynyo et celle de bimo trouve un parallèle dans V Sav. vybla «clématite» contre V Véross. vbya < vitis alba. Cet écart doit résulter d’un traitement différent de ‑ə‑ en hiatus dans *bəouenyo et *bəoueimo; voir aussi bla 1 hist., byla hist. La finale de bynyo / bynyo indique que la base est un proparoxyton dont la terminaison devait être ‑esĭnu ou ‑itĭne ou qch. de semblable; voir les proparoxytons cités dans les hist. de âne, borne, brlyo. La finale de bimo peut s’expliquer par un proparoxyton en ‑esĭmu ou ‑etĭmu. Même dualité de terminaisons dans V Lens vèrknyo «épinard sauvage», Ann. vèrknyo contre Daillon vèrkimo, Évol. èrkmo, Haud. vœrkmo (sous vèrkno). En conclusion, il est probable que bynyo / bynyo et bimo remontent à deux mots apparentés, de même radical mais formés à l’aide de suffixes différents. — Les formes blynyo et blnyo s’expliquent par une fausse régression. Br. donne aussi pour le Bas‑V les formes beugna, beuna s. f., qui n’ont pas été retrouvées et qui sont sujettes à caution. De.

Pour citer cet article : bynyo (réd. De.), Glossaire des patois de la Suisse romande, fondé par L. Gauchat, J. Jeanjaquet et E. Tappolet, Genève, Droz, 1924-, Tome II, p. 902.

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