Tome IV page 128
 

CLOS, ḥlyou,(y)‑ Vd 10, 19, 3, 41, 4 Mont, 51, 64, 69, 70, 71, 90, Dum., V 21, 40, 41 Ba., F 1, 21, 30, 33, 5, ḥlou V 46, 50, ou Vd 16, ṣou 14, 18, 2, V 13, 14, 18, 54, fou 42, klyou Vd 45, 82, 9 Mat., V 22 (→ kl‑), 75 (pl. id.), 76 (ky‑), 80 (et klyout), 81, klyó 82, kłout, ‑t 86, kłóou 89, klou 11, 61 (et ‑), 70, Ba., klóou 60, 83 (et klóout, klyóout), klyu G 1 Conf., Vésenaz, 2 Bellevue, kyu 20, kyou N 30 (kly Jj.), 34, kyaə B 22, tyou N 12, 20, 21, 31, 42 (et tchou), 62, tyṓ B 32, 33, chou N 41, 42 var., chō, ‑ó B 26 (et chóou), 35, 36, 40‑43, 50, 6 Gué., syō 53, 54, 66, ḥō, ‑ó 34, 45‑48, 60, 6 Gué., Bié., Va., ḥ(ə) 6 Bressaucourt Fridelance; adapté du fr. (ly)ó, ‑o Vd 10 var., 1 Aigle, Yvorne, 4 Prangins, Vufflens (Gignoux, sens 2o 1), Br., klou 34 vx, V 36, N 40, klo V Ba. Anc. clou(x), ‑d Vd 33 1610, F 1492, 1 1688, 1701, N 1398, 3 1617, B 1595‑1631; lat. closus V 8 1376; patois cho B 4 XVIIIe s. Ra. Cf. n. de l. — Gignoux, Vigneron, 6; Pier. 133, 682; ALF 1087 et 1882 (Vd 24).

‖ S. m. 1o Enclos, terrain fermé d’une clôture, de murs ou de haies (Vd‑V, F‑B spor.; anc.); cf. closure 6o, enclos, ichlg. Sous l’Anc. Régime, désignait surtout des terrains affranchis de la vaine pâture (cf. Pier. sous parcours). A époque mod., les clos sont de grandeur et d’usage divers, par ex.: petit enclos pour faire paître une ou deux vaches (Vd Orm.), pour le petit bétail (F Rom.), pour le cochon, à côté de la maison (V Lens vx); enclos d’étendue considérable (Vd Ross.), pâturages communaux fermés de haies (Vd Pailly vx). «De virgulto, de pomerio qui iacet iuxta clausum de Vesbia apud Chamosum» (V Cham. 1214. MDR, XXIX, 177). «Un chescung d’eulz serat tenu faire une ou plousieurs delaizes [portes à claire‑voie] es predicts clods» (F Lessoc 1396. MDR, XXII, 528). «La mission [dépense] pour seier et fenar les clos de la granges; ... seier et fenar les recors [regains] de clos dessudit» (F 1415/16. Aeb. Chrest. frprov. 125). Autres ex. anc. sous cassaz, cloison 4o, clore 9o 1; cf. aussi MDR, XXII, 558; XXXIII, 452. Ḥlyou è vé, enclos situé près de la maison qui servait autrefois à parquer les veaux pendant la nuit pour les protéger contre les loups (Vd Sent.). Tyotura [clôturer] on tyou (N Brév.). Mtrè sìnā la vtsì óou klyou, mettre la vache dans l’enclos pour lui faire prendre le repas du soir (V Évol.). Loc. «Est oultroyer a P. R. de tenir a cloz dimie posa de terra» (F 1482. Man. VI, 94. AC); autre ex. MDR, XXII, 528; formule lat. ib. 535. «La Communauté de Nodz venoit de mettre à clodz les trois pieds [soles] de ses champs» (B Tav. 1793. Frêne, Journal, 2728); autre ex. Mém. Soc. œcon. Berne, 1763, II, 225. «Tous les nobles, bourgeois et communiers dudict Vivey seulement, qui ne voudront passer leurs possessions à cloz, les pourront neaulgmoins jouyr ... dès la neyge et sortie de l’hyver jusques apres la recolte du foin» (Vd Vevey 1592. Mi.). Pasā a kly, entourer d’une clôture une pièce de terrain pour la soustraire à la vaine pâture, usage anc. (Vd Vaug.). «Passation à clos», fait et droit de clore ainsi un terrain (anc. Vd, F, N; Pier. 412). «La passation d’environ demy seythorée de pré à clos en Gravat» (Vd Yverdon 1718. Mi.). ‖ (Tenir, passer un terrain) à clos et record [regain], le soustraire à la vaine pâture, en continuant de le garder fermé après les foins, pour y récolter le regain (Vd anc. dès 1591). «De la passation des prez à cloz et records [orig. all.: Wie man die Matten zuo Embdt einschlachen möge]: Suyvant le privilege qu’avons cy devant donné à noz subiects du pays de Vaud, en l’année 1591, il sera generalement permis ... de mettre, reduire et tenir à cloz [all.: einzuoschlachen unnd zuozunen] les prez et aultres possessions, sans qu’il soit permis à nuls autres d’y pasturer, n’y mettre aulcun bestail; à condition toutesfois que ceux lesquels voudront ainsi tenir à cloz et records leursdictes possessions en devront payer à la Commune du lieu la sixiesme part ..., les prez des montaignes exceptez ... Quant aux aultres prez qui ne se pourront reduire en clodz, nul ne pourra estre contrainct de les faire faucher avant le jour de la Saincte Magdelaine» (Vd 1616. Loyx et statuts, 279‑281); cf. J.‑F. Boyve, Loix Vd, Neuch. 1756, 220 ss. avec bibliogr. «Pourra enfermer et jouir trente poses ... à titre de cloz et record» (Vd Villen. 1717. Mi.). ‖ Substantivé: «Les à clos», les terrains ainsi soustraits à la vaine pâture (Vd 1762. Mém. Soc. œcon. Berne, 1762, III, 109). ‖ Us de clos ou us à clos, droit de fermer un terrain à la vaine pâture durant toute l’année, pour y récolter les regains, etc. (N XVIIe‑XIXe s., B Tav. 1794). Ex. sous closure 6o et dans Pier. 628‑29; S. de Chambrier, Mairie de Valangin, Neuch. 1795, 73; F. Lœw, Verrières, 241; J. Courvoisier, Maréchal Berthier, 229, 232.

2o Spécialt. 1. Clos de vigne (Vd Orm., Aigle, Yvorne rare, Lav., Côte, Bas‑V spor., V Ayent, G, F Bussy, N Gorg., Lign.; anc.); Gignoux, Vigneron, 6. «Scabellum [journal] vinee in clauso de Balgest [Baugy‑Châtelard?]», donné au couvent de Vd Roug. (1115. MDR, XXII, 10). «Quatuor fossor[ata] vinee in closo de Conjour» (V Contrée vers 1376. MDR, XXXVII, 81). Dépense pour travaux dans «les vignes des cloux de Monsieur» (N 1398. Pier. 133). On klyu də vəny (G Conf.). On ḥlyou mourā, un «parchet» de vigne entouré de murs (Vd Corseaux). On tyou k rapṓrt, qui rapporte (N Lign.). 2. Pré, prairie, généralt entourée de haies ou d’une clôture; bon pré qu’on fauche, par oppos. à commun «pâturage» (Vd P. d’E.; fr. rég. ib. Usteri, 32). Ṣou a rékār, pré où on récolte bcp de regain (Vd Étiv.). ‖ Pré situé près de la maison (F Crés., Ch.‑St‑D., N Couvet, Cern.‑Péq., Brév., Sagne, B Bois); il n’est pas toujours clôturé. Fan d kly, foin de première qualité (N Cern.‑Péq.). Dicton. A la mi ou | [les] rèka pè lè ḥlyou, à la mi‑août, on commence à rentrer les regains des prairies qui avoisinent la ferme (F Ch.‑St‑D.). ‖ Bon pré (B Courchap.). Pré ou verger situé près du village et produisant du bon fourrage vert qu’on réserve aux vaches laitières (Vd Sassel). Pré, sans précision (F Joux); synon. pré. 3. Verger (Vd Vall., Vaug., Sassel, V Arb., Mont., F Gruy. spor., Ch.‑St‑D., Broye, N Gorg., Noir., Ch.‑de‑F., Planch., B; anc.); il n’est plus clôturé à Vd Sassel, B Mett. et parfois à B Charm.; on y met les porcs à V Arb., les vaches au printemps à F Riaz. «Au cloud dudit G. appellé la Grosse Pomiere» (N Mont. 1617. Pier. 133). «Un autre verger soit clos» (F Grandv. 1724. Reg. not. 2630, 157. AC). «Un clos ou verger rempli d’arbres proche la dite maison, d’environ une seythorée» (Vd Yverdon 1799. Mi.). Ïn chó d’br [arbres], un verger (B Bois). A y a aïn bḗ kyaə dəkṓt your mèjaon, il y a un beau v. près de leur maison (B Plagne). «I‑âtro dâ l’choue», j’entre dans le v. (N Planch. Hirschy, Lampadut, 7 b). A say son kyaə, il fauche son v. (B Plagne). ‖ Pl. Lḗ ḥō, l’ensemble des vergers qui entourent le village (B Mett., Charm.). ḗ ḥo! aux clos! cri pour dénoncer un maraudeur (B Charm.). ‖ Lou ḥou son brvo lə foryé kan to l ə è fl, au printemps, quand tout est en fleur, les alentours de la maison sont beaux (V Véross.).

3o Lə pròsèchyon ótòr dó kyou, la procession autour de l’église, le long du mur du cimetière (V Haud.). 4o Enclos, compartiment aménagé dans une étable (Vd Blon.): Fér on ḥly a l’éḣrblyo pò déi pəti pē, ... pour de petits cochons. 5o Parc à moutons (V Champ., Lens, Moll., Miège, B Vicques); à V Miège, le klóout est un carré formé de claies mobiles, à l’alpage. Lə klyou di fye, le parc, près du village, où l’on enfermait les moutons qui descendaient des alpages (V Lens). 6o Clôture (V St‑Luc, F Charm.). Ḥou a krḕ [croix], haie morte faite de bois entrecroisés (F Charm.); voir AFS, I, 72, fig. 1 et Schmidt, Zaun, 21, fig. 6. Ḥou in fyèrtsṓ, clôture en fil de fer (ib.).

7o Noms de lieux (aire: Vd‑B; choix parmi un millier). Au Clos Vd Agiez: ao ḥlyū, fr. au clou, vignes, prés; aux Cluds Vd Bullet (Sgf. 284): ó klyū, pâturages, hameau; au Clou B Neuveville, «vineam que dicitur li Clos des Chavanes» 1285 (Weigold, Sprachgrenze, 127): é [aux] tchy, pat. all. ìm ky, prés, vignes; Claux V Moll.: ou klóout, prés; le Clou V Ors. (CN 282): u ṣou, mayens; Sous le Clou V Ors.: déjò lə fou, prés; Sur les Clos B Évilard: chu lè tyòou; Derrière les Clos B Grandval: drīə lé ḥó, prés; en Soreclos Vd Ollon: in sòrèṣou, vergers, prés, champs; Chorêhlou V Arb.: u chòrèḥlou, pré; Sucloux, bois de N V.‑de‑Ruz (Pier. 133); Dessous Clos F Corserey: òou djò ḥy, pré. ‖ Clos des Clos B Corban: ā chó dé chó, prés; aux Champs du Clos Vd Vuarrens: ao tsan dao ḥlyou, fr. ... clou, prés, champs; Pré du Clos N Coffrane: pra du tyou, prés, champs; ès Vignes du Clos Vd Chavornay: ó ḥ; Vergers du Clos B Bure: ā ḥṓ, vergers, prés, bâtiments; Clou V Isér.: an dzu [à la forêt] dei  ou du , forêt. ‖ Avec détermination. Aux Clouds de Rey Vd Ollon: i ṣou darā [derrière], prés, champs; au Clos devant F Siviriez: ṓ prā dèvan, prés, jardins, bâtiments; au Clos Davaud F Magne: ṓ pr davṓ, id.; Clos dessous B Péry: éz tch [cf. ouche] ddó; «peciam prati vocatam loz Grant Clos sitam apud Clages, item septem jornalia terre sita ... juxta dictum Magnum Clausum» V Cham. 1412 (MDR, XXXVIII, 97); au Grand Clos F Cormagens: on mrè, pré; aux Petits Clos N Sagne: è ptè ky, prés; le Long Clos B St‑Ursanne: ā lon syó, pré; Neuf Clos B Monible: é n ḥó, prés, champs; Clos du Coinat B Rocourt: ā gran ḥè, jardins, vergers, bâtiments; Clos‑Bœuf V Troist.:  ṣou  b, in ṣb, pré; Doz le Cloux a Loup B Boécourt 1582 (S. jur. Ém. 1945, 48), pré; ès Cloux Demi Vd Ross.: i ṣou di mi [perches de meule de foin], pâturage qu’on fauche; le (ou les) Clos‑du‑Doubs, région de B nord située dans la vallée et la boucle du Doubs: lé syō di dou (pat. d’Épauv., Ocourt); «medietatem clausi vinee vocati Clod de Pontveroz» Vd Aigle‑Orm. 1425 (MDR, XXII, 350); au Clavignon Vd Payerne, Clos à Vignon [n. de fam.] 1716, pré, bâtiment; Clou Coquin V Mont.: in·n klyou kòkiṅ (Mr.), ... koukìṅ (Gerster, 135), portion de forêt; Clos Peccod G Dard., au Clou Peccau 1714: a ku pèk; les Clos Martin B Charm.: é ḥṓ mètchïn, ensemble de vergers, jardins, prés; y Flobovi, Fleubovi V St‑Jean: i ḣlòoubòvī, i ṣlóoubòvī, pré. Autres n. de l., voir Antoine I, 5o, champ 4o, Claude 4o et Bull. Gl. XI, 82; Tagmann, Miège, 53, 63, 71; Ke. Genferdial. 96 n. 2; Aeb., Noms de fam. 34; Pier. 133, 682; Weigold, Sprachgrenze, 127; de Roche, 36.

Dérivé: syōjn (‑inet ou ‑onnet) B 54, petit verger.

Du lat. clausu «fermé»; FEW, II, 755 b. D’après la toponymie, l’aire des formes en u est plus étendue ici que pour clore et chou; mais dans la région des n. de l. klyu (Vd Bullet) et ḥlyu (Vd Agiez), on trouve aussi pza «pose (mesure)» et dədz «jeudi», pudz «pouce» (Tabl. 365, 411). On n’hésitera donc pas à ramener ces n. de l. à clausu, tout comme le type klyu de G et de la Savoie pour lequel le FEW, II, 750 b, postule sans nécessité une base clūsu. Pour l’évolution ‑au‑ > u, cf. chou 1 hist. — Les formes en ‑t de V distr. Sierre (avec le n. de l. klóout de Moll.) et ḥə de B Bressaucourt (n. de l. ḥè à Rocourt) se sont alignées sur le part. p. masc. de clore (voir ce mot). En revanche, V Évol. continue à distinguer klyou s. m. (pl. id.) de klyout part. p. (pl. klyous), ce qui prouve le caractère secondaire, analogique, du part. — Les n. de l., dont la plupart sont munis de l’art., couvrent toute la SR avec une notable densité. Après l’abolition de la vaine pâture, et par conséquent du droit d’en affranchir une parcelle de terre, clos a perdu du terrain comme appellatif et il en est venu à désigner même des parcelles non clôturées. — Cf. la série clos‑ et aclos, chosée, Clolet, enclos, intrəkly. Sch.

Pour citer cet article : CLOS (réd. Sch.), Glossaire des patois de la Suisse romande, fondé par L. Gauchat, J. Jeanjaquet et E. Tappolet, Genève, Droz, 1924-, Tome IV, p. 128.

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