CLUSE, Clusaz et var. — Pier. 133, 682. ‖ S. f. 1o Passage resserré, défilé. Attesté seult dans des noms de lieux. La Cluse Vd Ch.‑d’Œx (CN 262): a la ṣja, estivages, bâtiments, au‑dessus d’un défilé; en la Clusaz Vd Veytaux, prés, bois (cf. appellatif «feodum comitis Sabaudie ... usque ad clusam de Chillon», vers 1250. MDR, XXIX, 436); la Cluza V Bovernier: a la ḥza, vignes; in la kłgja V Grim., endroit resserré entre deux rochers, pâturage et rochers; Clusa ib.? XIIIe s. (Meyer, Einfisch, 162). 2o T. de géographie et de géologie. Coupure transversale qui établit un passage, au niveau des vallées longitudinales, à travers les chaînes du Jura (fr. dès 1832 Thurmann); par anal., se dit ensuite de toute rupture géologique transversale. Voir hist.

Nos n. de l. (1o) continuent le lat. clūsa, var. de clausa; FEW, II, 750 b; cf. aussi Gros, N. de l. Savoie, 167; Vincent, Topon. 210. Ils appartiennent à la même couche que le lat. méd. clusa «défilé» (Duc.), le mfr. cluse (cf. DG, Pier.) et l’all. s. Chlus s. f. (Schw. Id. III, 699).

En revanche, nos patois n’offrent aucun appellatif correspondant. Contrairement à ce que disent, unanimes, les dictionnaires étymologiques, ce n’est donc pas un mot de patois jurassien qui est à la base du t. techn. moderne des géologues (sens 2o). C’est le naturaliste Jules Thurmann (1804‑1855) qui a repris le nom de cluse pour désigner les défilés caractéristiques du Jura: «Nous appellerons cluses ces vallées transversales [du Jura] qui offrent des traits tellement caractéristiques, qu’il est nécessaire de les distinguer d’une foule d’autres accidens creux du terrain, auxquels on a attribué généralement la dernière de ces dénominations» (Thurmann, Essai sur les soulèvemens jurassiques du Porrentruy, I, Paris‑Strasbourg‑Bruxelles 1832, 64). «Nous espérons qu’on nous pardonnera tous ces mots nouveaux de crêts, combes, cluses, etc. ... La dénomination de cluse, sans être aussi vulgairement employée que les précédentes, se retrouve cependant, tant dans la Suisse allemande (Klus) que française et en Savoie» (ib. 76). C’est sans doute des n. de l. de ces régions, et en particulier du Jura all. s., que thurmann a tiré un nouvel appellatif. — Cf. Clusette. Sch.

 

Pour citer cet article : CLUSE (réd. Sch.), Glossaire des patois de la Suisse romande, fondé par L. Gauchat, J. Jeanjaquet et E. Tappolet, Genève, Droz, 1924-, Tome IV, p. 136.