Tome IV page 535
 

crétet N Pier. 159; krèt Vd 51, 82 (krə‑), G 10 (krḗ‑), N 12, 22, 3‑4, 51, krètèt V 88, kratò N 30, krāta B 36, 4, 54, 6, ‑an 50, 5 Breuleux, Noirmont. Anc. cretet N XVIIe‑XVIIIe s.; lat. cristetum V 60 1561; patois cratat B 4 XVIIIe s. Ra. Cf. n. de l.

‖ S. m. Éminence, monticule (passim); dans le Jura, aussi: petite montée, talus, terrain en pente. «Tendens a dicto termino ad unum alium positum super uno cristeto» (V Sav. 1561. AC, cote L 5, fo 21 ro). «Sur le cretet au dessus Fontaine Jaillet» (N Ch.‑de‑F. 1680. Pier.). Fèrə lè rūə èvā [aval] ïn krātan, faire la culbute sur une pente (B Bois). Devise d’un mendiant: Pan byan, vin da ma krètch, pan d’òrdj, bay t’a vèdj, pan d’avin·n, rəbat avṓ l krétè, pain blanc, viens dans ma hotte, pain d’orge, prends garde, pain d’avoine, roule en bas le cr. (N Ch.‑de‑F.). «Cet amphithéâtre est sillonné de petites vallées qui portent en général le nom de combes et de petits monticules qu’on appelle crétets» (fr. rég. N d’après Pier.). Noms de lieux (choix parmi une cinquantaine; aire: Jura, V‑F spor.). Les Crêtets Vd Chenit (CN 1221): krètè, bâtiments, prés; au Crêtet Vd Bullet: ó krétè, prés et bois; le Crêtet V Bovernier (CN 1325): u krètè, mayens; a la Crettettaz V Vernam., Crettet 1800‑1851, Crèttay 1880: óou krètèt, prés; Crettet V Ayer: i [aux] krèṣès, prés; les Crêtets G Anières, au Crettet 1732: lou [les] krétè, pré; aux Créttêts F Granges‑Vev.: ao krèṣè, champs; le Crêtet N C.‑aux‑F. (CN 1182): lou krètè, prés, pâturages; les Crêtets N Locle (CN 1143): è krètè, jardin, pré; ā krātā B Châtelard; au Cratan B Genevez: ā krātan, champs; au Cratat B Courtételle (CN 1086): ā krātā, champs en pente; le Cratan B Chaux‑Brel. (CN 1125), le Cratat 1854: ā krātan, champs; Peut Cratat B Soubey: ā p [vilain] krāta, champs; le Cratat B Réclère (CN 1084): ā krāta, champs, prés.

Dimin. de crêt; FEW, II, 1352 a. La forme krāt, qu’on trouve à côté de krāt dans des n. de l. de B 3‑4, pose un problème. S’il est établi qu’il faut partir de ‑ĭttu lorsque le ‑a est bref ou moyen (cf. les aboutissements correspondants à Bournois krāt «rampe», Damprichard krṑt «petite colline»), un ‑ā semble contenir le suffixe ‑ale; cf. B ót < hospitale. Bien plus surprenantes sont les formes nasalisées (kratn) qui, partout où elles existent, sont exclusives de ‑a, ‑ā. Le phénomène s’est produit dans une aire compacte (B Genevez, Bémont, Bois, Breuleux, Chaux, Montfaucon, Muriaux, Noirmont, Peuchapatte, Pomm., Saignelégier) qui coïncide en gros avec la zone des Fches‑Montagnes proprement dites, telle qu’elle a été définie au XIVe s. (cf. Trouillat, IV, 450) et qui est moins étendue que le district actuel. S’agit‑il d’une évolution ultérieure de ‑ā? On pourrait en voir un indice dans une graphie cadastrale d’un n. de l. à B Genevez: Otan, prononcé en réalité ót. Une telle divergence suggère un flottement de la prononciation auquel il convient p.‑ê. de rattacher le phénomène inverse de la dénasalisation, enregistré dans la même zone; cf. Adam hist. Pour des nasalisations anc. en finale, cf. Hallauer, 65. Kn.

Pour citer cet article : crétet (réd. Kn.), Glossaire des patois de la Suisse romande, fondé par L. Gauchat, J. Jeanjaquet et E. Tappolet, Genève, Droz, 1924-, Tome IV, p. 535.

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