Tome V page 810
 

dō, dó, rart dṑ B 21‑23, 32, J 3‑6, doou B 20. Anc. doz B 3 1636‑1663, J 5‑6 1313‑1662, 1711‑1725, dobz 6 1469, 1492, dos 1335‑1389, 1589, doiz 67 1333, dou(s) 5 1347, 1419, doulz 63 1469, doulx 6 1492; patois J 4 XVIIIe s. Ra., do Paniers. Cf. n. de l. — ALFC 370; ALF 51.

I. Prép. 1o Sous, indique la position d’un objet par rapport à ce qui est plus haut, qu’il y ait contact ou non (B Orvin, Vauff., Plagne, Péry, Mall., J; anc. B‑J). «Se alcuns vient a merchier ou a la foire de Poiraintru, et il s’an vait que par obli que il ne paioit sa vante ... il doit apeler ung avec lu et matre sa vante doz une pierre, et achief de huet jours la doit raporter» (J Porr. vers 1360. Trouillat, III, 628). «Les drois que les proudomes de la mairie de Bures rappourtent chescun an, le premier vanredi de septembre, dos les tillaz [tilleuls, cf. təly] de Bures» (J Bure vers 1360. Trouillat, IV, 141). «Huit feys [cf. faix] d’essandelles [bardeaux, cf. échandl] a clavins pour mectre dobz les tielles» (J Porr. 1492. Rev. jur. 1951, 85). Botḕ déz éḥèvïn dō lé təl, poser des bardeaux sous les tuiles, pour rendre les joints plus étanches (J Aj. Va. 66). Quand on a un point de côté, è fā étyœpḕ dó in·n pər po k soli pésè, il faut cracher sous une pierre pour que cela passe (J St‑Br.). I s bṓlḕ [boulé] dó l ruə, iy è èyu l tchinb rontu, je suis tombé sous la roue, j’ai eu la jambe cassée (J Courchap. Voi.). Dō l parapluə, dō ïn·n èbr, dō in·n rotch, sous le parapluie, un arbre, un rocher (J Sépr.). Vïn v [voire], no vlan alḕ dó stə parər, viens, allons sous ce poirier (J Vermes. Butz, 83). Lé sulè saon dṓ l fòrna, les souliers sont sous le poêle (B Plagne). Léz èlonbrat nitchan dō l’ét [cf. éty et ci‑dessous IV, 2], les hirondelles nichent sous l’auvent de la grange (J Aj. Va.). Y’èró dèyu rmèrkè sé vipèr | k’étïn katchīə dṓ tòt sḗ bèl ḥo, j’aurais dû remarquer ces vipères qui étaient cachées sous toutes ces belles fleurs (J Courf. A. tr. p. VI, 172). ‖ Dō l tè, sous le toit, dans les combles (J Mett.; var. Del., Charm.). Dṓ lé təl [tuiles], id. (J Sépr.; var. Bourr., Épauv., Charm.). Koutchiə dō l tè, dō lé təl, dormir dans les combles (J Charm.). Dō l sytchīə, dans le vestibule formé par la base du clocher et qui sert de porche (J Sépr., Mett., Charm.; var. Bois). Dō lé stch [cloches], id. (J Bois; var. St‑Br., Épauv.). Dō lè majon d vèl, dans le vestibule, au rez‑de‑chaussée de l’hôtel de ville (J Charm.). Dō l’étyā, dans le vestibule de la maison de ferme (J Aj.); cf. ci‑après IV, 2. È bòté son būə an l’ḗtāl, son·n ḕ·n an lè grindj, son tchïn dṓ l’ḗtyā, son tchè dṓ l’ḕtr ... è pœ è s koutché, il mit son bœuf à l’étable, son âne à la grange, son chien dans le vestibule, son chat sous l’âtre, puis il se coucha (J Miécourt. A. tr. p. XVII, 44). not ōtā [maison familiale, cf. hôtel], dans le vestibule de notre maison (J Charm.); cf. ci‑dessous IV, 3. Èl ékof dé fèvat dō yot ōtā, elle écosse des haricots dans le vestibule de leur maison (ib.). ‖ Dō lé brè, sous les bras, à l’aisselle (J Vermes, Sépr., Bourr., Aj. Va.). Dō l’ḗpal ou l kr dō l’ḗpal, sous l’épaule, le creux ..., id. (J Mett.). Dō l piə, sous la plante du pied (J Courf., Mett.). Dō lè kə, sous la queue (J Sépr., var. Aj. spor.). Dans des plaisanteries: I ḕ vu ïn tchvr. — Tə i dèvè botḕ d lè sā dō lè kə, j’ai vu un chevreuil. — Tu aurais dû lui mettre du sel sous la queue (pour l’apprivoiser) (J Sépr.). Èl āt ékri dō lè kə d nṓt kouni: stu k dyin·ny an·n èkmansin piə po fini, c’est écrit sous la queue de notre lapin: celui qui gagne au commencement perd à la fin (J Aj. Surdez, var. Va. 107). In·n fan·n in·mrè m ranbrèsiə l dyḕl dō lè kouə kə d dir kə sè vḗjin·n ā in·n bin·n ménèdjər, une femme préférerait embrasser le diable sous la queue plutôt que de reconnaître que sa voisine est une bonne ménagère (J Ocourt). ‖ Régit un pronom. Nōz ḗtïn ch’èmèti [cf. amat] k nō tchinb chouəlïn dō no, nous étions si affaiblis par la faim et la soif que nos jambes ployaient sous nous (J Ocourt). È fè to dō lu, il fait ses besoins sous lui, il ne peut plus se contrôler (J Charm.). Fig. Èl è fè do lu, il a fait faillite (J Pomm.). Autre ex. sous devoir II, A, 1o 1. Loc. Métr lé pīə dō la tèby, mettre les pieds sous la table, se préparer à prendre le repas (B Plagne, var. J passim). Èl é tò dō l nḕ, il a tout sous le nez, il a tout à sa portée (J Charm.). Pḗsḕ dō l nḕ, passer sous le nez, échapper (ib.). Soli yi vœ [cela lui veut] pḗsḕ dō l nḕ, ce n’est pas pour lui, il ne l’aura pas (ib.).  s’é fòtu l’āv dō l tyu, il a fait de mauvaises spéculations, litt. il s’est foutu l’eau sous le cul (J Vicques). Étr dō lé piə [sous les pieds], gêner, ennuyer qqn, se trouver devant les pas de qqn (J Épauv.; var. Courf., Bois, St‑Br.). Chik tə fœ d dō lé pīə! fais donc de la place! litt. sauve‑toi hors de sous les pieds (J St‑Br.). Dō min, sous main, en secret, en cachette (J Del. passim, Pomm.). Sòli s’ā fḕ [cela s’est fait] dō min (J Pomm.). 2o Sous la surface de: Alḕ dō l’āv [eau], plonger (J Sépr.). Loc. adv. Dṑ tèr, sous terre (B Plagne; var. B Mall., J passim). Étr dō tər, être mort et enterré (J Charm.; var. B Plagne, Mall., J passim). Soun pér ā dō tyər dā lountan, son père est enterré depuis longtemps (J Vicques). Étr ché piə dō tḗr, être six pieds sous terre, id. (J Sépr.; var. B Plagne, Mall., J Del., Bonc.). Tyin tə sré ché piə dō tər tə n v p tin blagḕ, quand tu seras six pieds sous terre tu ne blagueras pas autant (J Bonc.). I vòrō étr san piə dō tər! je voudrais être cent pieds sous terre! (J Mett.). Fig. Dō tḗr, d’une manière secrète (J Sépr.). 3o En contrebas de, au pied de, au‑dessous de, en parlant d’un lieu, de la situation dans le terrain (B Orvin, Vauff., Plagne, Péry, Romont, distr. Moutier, J; anc. B‑J). «Hune oyche doz lai dicte ville, ou luec c’on dit Doz le Poys» (J Fontenais 1335. Arch. Bourg. Porr. cote I, III, E 17). «Sommes eté pour boucher les chemins dos la chapelle du Vorbourg en la Vie de Bale» (J Delémont 1589. Pier. 639 b). «Refaire la barre doz la dolaise que l’on vat a Ravine» (J St‑Urs. 1662. Ac, cote A 39, 95). I s‑t‑alḕ tandr ïn djèrdjola dō lè Rètch é Rnḕ, je suis allé poser un trébuchet sous la Roche aux Renards (J Épauv.). ‖ «Autre pece que giet doz Perier Mucent, entre Philippe de Maleroe et la fille Loysel» (J Damphreux 1329. AAEB, cote B 133/ 18). Noms de lieux (aire: B 2‑3, J; choix pour B 20‑23, 3, J). Sous l’Église B Orvin dès 1726: dòou l móoutə, champs, vergers, jardins; Champs d’au Fos B Plagne, Champ d’Eaux Fos 1819: è tchan dṑ fāe [cf. fo], champs; Dos les Fontaines B Corgémont; Doz le gros Cras B Tramelan‑Dessous 1775; Dos le Gôt B Tramelan‑Dessus (CN 1125): fr. local Sous le Gô, pâturage, autrefois petit étang; Sous le Châble B Sorn. (CN 1105): dó l tchyḕby, prés, forêts, champs; Dos les Rochattes B Crém. (CN 1106): dó lé ròtchat, prés, forêts, rivière; Champs sous la Forêt B Moutier, «un morcel de champ seant et gisant doz la foray» 1636 (Reg. not. 1092, p. 16. AAEB), Champois dos la Forêt 1778: ā [au] tchin dó la fór; Dos Comenray J Corban, Dos Camenray (CN 1087): kòmè·nrḕ, prés, forêt, bâtiment; Dos Faratte J Courroux (CN 1086), Doz Farratte 1769: dó farat, champ, ruisseau; Dos Vies J Delémont, Dos Vie (CN 1086): dó vīə, champs; Sous la Charbonnière J Glovelier, Dos la Charbonnière (CN 1105): dó la tchrbònir, forêt; Sous le Mont J Bois (CN 1124), Dos le Mont début XIXe s.: dó l moun, bâtiments, jardins, prés, forêts; Dos Saprais J Épauv. (CN 1085): dò saprḕ, prés, «loges»; Dos la Velle J Montfaucon (CN 1105), Doz la Velle 1749: dó la vèl, champs au‑dessous du village; Côte Domont J Alle (CN 1085), Doz Mont 1325: (éz tch, é prè) dó moun, champs, prés; Dos Chalembert J Bressaucourt (CN 1085): dó tchalinbīə, champs; Dos Val J Grandfontaine (CN 1084): an dó vā, champs; Sous le Bois ib., Doz le Bois 1344: dó l bó, prés, forêts. Autres n. de l. sous auge, cerneux, cernière, champ, charrette, clos, côtette, crêt, croix, eau 1o 10, épinette, etc. 4o Sous, par rapport à ce qui recouvre, enveloppe: «A les voit en dirait qu’ait sont graische et doduë | main do drait [drap] ressembyan des fortchattes de tchairuë», à les voir on dirait qu’elles sont grasses et dodues, mais sous leurs vêtements elles ressemblent à des fourchettes de charrue (J Del. XVIIIe s. Paniers. A. tr. p. IX, 298). Lo fuə gomḕ dō lè sindr, le feu couvait sous la cendre (J Aj. Va. 93). Adon on·n ètèra lə tchin doou ïn mousèy d pīr, alors on enterra le chien sous un monceau de pierres (B Orvin. S. jur. Ém. 1952, 230). A vō ... l’ami kə s’òfuāə ò katchan ṑk dō saon mantō, il voit son ami qui s’enfuyait en cachant qch. sous son manteau (B Vauff.). Rimaille. Bin·n èr | for tə dō mon géné | grṓs bij | for tə dō mè tchmij, bon air, fourre‑toi sous ma robe, grosse bise, fourre‑toi sous ma chemise (J Aj. Va. 95). 5o Sous, exposé à (J Charm.): Èvè di fin dō lè pyœdj, avoir du foin dehors, à la pluie. 6o Marque un rapport de dépendance ou de subordination: «En la mairie d’Ajoye ou de Bures ou d’autres villes estant dos la bannyere de Poiraintru» (J Porr. 1389. Trouillat, IV, 520). Étr dō l tolè d kékün, être sous la férule de qqn (J Aj. Va. 192). ‖ Sous l’influence de: Lḗ gèrat pyintḕ dó lḗ bāsin fértchan èdé, les carottes plantées sous les Gémeaux deviennent toujours fourchues (J Ocourt. A. tr. p. XLVI, 24). ‖ Par ext. Du temps de: Dō mon pḗr [mon père] (J Vermes).

II. Adv. 1o Dessous: «Les choses ci aprés devisees, ... premierement, mai maisson doz et dessus» (J Porr. 1325. Arch. Bourg. cote I, III, E 5). «L’on plaida a P. Q. et a B. G. a giper [gypser] l’ospital doz et dessus pour XXV s.» (J Porr. 1408. Arch. Bourg. cote VI, 41, p. 333). San dō dchu, sens dessus dessous (J Charm., var. B‑J), cf. sens. 2o Au‑dessous, en aval: «Un prei q’un dit en Decumbrou, ... asscis selung le prei Henrilx, le fil Gerher, ... doz et desuz» (J Essertfallon 1344. AAEB, cote B 288‑26).

III. Composé: prép. + dō.

par dṑ, etc. (voir et par) B 22, J 36, 40, 41, 47, 48, 54, 60. Anc. J 6 1339. ‖ Loc. prép. Par‑dessous (J spor.; anc. J Aj.). «Rendonair les murs par doz les portes et li pile que porte le pom» (J Porr. 1339. Arch. Bourg. cote VI, 41). Pè dō l tè, par‑dessous le toit (J Mett.). P dṓ lé təl [tuiles] (J Vicques). Man·nḕ, anpan·nyiə [mener, empoigner] pè dō l brè, donner le bras à qqn (J Charm.). Par pè dō lé brè, prendre par‑dessous les bras, aux aisselles (ib.). Fri [férir] pè dō lè tyœch, lancer par‑dessous la cuisse (ib.). É! tə mindj pè dō l nḕ! eh! tu manges par‑dessous le nez! dit‑on à un enfant pour le taquiner (ib.). ‖ Loc. Pè dō min, en sous‑main, secrètement, en cachette (J Courchap., Vermes, Pleigne, Charm.; var. B Plagne). S’ ïn króy ipòkrit,  fè tó p dó min, c’est un méchant hypocrite, il fait tout en sous‑main (J Courchap. Voi.).

IV. Composés: + subst.

1. — dō barb B 32 (Mall.). ‖ S. m. Sous‑barbe, partie du licol d’un cheval.

2. — dō l’ḗty J 46, 61, 64, 6 Miécourt Fridelance,étā 6 Va.,ṓtyā 6 Va., Jura Dim. ‖ S. m. Vestibule de la maison de ferme d’où l’on accède aux diverses parties du bâtiment; cf. le suiv. et devant‑huis 2o (sous devant V, comp. 5), avec fig. «Enne âtre fois, i vos djaserais in pô de l’hauta; da lai tiaive à dieunie; da le dolotiuha chu le tschéfa», une autre fois, je vous parlerai un peu de la maison, de la cave au grenier, du d. jusqu’à l’étage supérieur de la grange (J Aj. Jura Dim. 1896, 105). Ékouvḕ [balayer] not dō l’étyā (J Miécourt). — Cf. ḗty.

3. — dō l’ōt J 46, 53, 60, 67, 6 Bié., Va. ‖ S. m. 1o Vestibule de la maison de ferme d’où l’on accède aux diverses parties du bâtiment (partout); cf. le précéd. et devant‑huis 2o (sous devant V, comp. 5). Lé véy majon in dé gro dō l’ōtā, les anciennes maisons ont de vastes d. (J Charm.). Lé nv majon n’in pu də dō l’ōtā, les nouvelles maisons n’ont plus de d. (ib.). È y é dou ni d’èlonbrat do not dō l’ōtā, il y a deux nids d’hirondelles sous notre porche (ib.). 2o Partie de la cour abritée sous l’avant‑toit (J Bourr., Charm.). — Cf. hôtel.

Origine inconnue, malgré FEW, XII, 370 b; cf. ib. XXIII, 240 a. On serait tenté d’y voir l’évolution du lat. dorsu (> *dossu), variante de deorsu, relevé dans des inscriptions de la fin du IIe s. après J.‑C. (cf. Thes. V/1, 559 et 560) et dans la Vulgate (cf. Blaise, Dict. auteurs chrétiens, 255); voir aussi Ernout‑Meillet, Dict. étym. lat. sous deorsum et dorsum. Cependant, les graphies ‑z des nombreux relevés anciens (J Aj. dès le début du XIVe s.) s’accordent mal avec cette hypothèse. Cette objection, ajoutée aux difficultés d’ordre sémantique, rend très aléatoire aussi un rattachement à dossu «dos» (Grammont, Damprichard, 191; Hallauer, 44). — Très bien implanté dans le distr. de Courtelary en aval de Sonceboz, à l’état de vestiges dans le reste du district (cf. n. de l.), le mot, sous sa forme simple ou composée (dəd), recouvre le distr. de Moutier et J; au‑delà de la frontière suisse, il occupe une zone compacte entourant l’Ajoie de l’Ouest à l’Est et dont les points extrêmes sont marqués par les communes de Damprichard, Sancey, Goux, Sainte‑Marie, Châtenois, Romagny; FEW, loc. cit.; ALFC 1013; ALF 51. — Cf. dəd, dessous, sens‑. Cas.

Pour citer cet article : (réd. Cas.), Glossaire des patois de la Suisse romande, fondé par L. Gauchat, J. Jeanjaquet et E. Tappolet, Genève, Droz, 1924-, Tome V, p. 810.

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