Tome VIII page 377
 

gób B 12, 13, 20, 22, gōb J 4, 50, 53, 54, 60, 61, 6 Pleujouse, 6 Bié., gb B 2 Romont Tp. (gṑb Zi.), gāb J 5 Épiq., 61 var., 64, 6 Gué., Fridelance, Va., J Frondeur, Jura Dim.; gópé pl. N 51. Anc. gaube N 1655, 1678, J 6 1762/75, 4 1785, 6 1799; gaupe N 5 1676, 1677, 1756, 1795. Fr. gaube N 61 C. Voillat vx, B‑J passim, gobe B 2 St‑Imier, J 60; gaupe N 51. Cf. n. de l. — AFS, I, 98, 543, Comm. I, 567 et mat. ms.; Pier. 274, 704; DSR2, 408.

‖ S. f. souvent employé au pl. (cf. hist.). 1o Lot de bois revenant annuellement à chaque bourgeois d’une commune (passim; anc. et fr. rég.); cf. encycl.; synon. blyə 1o, bûche 1, 5o 2, lot, prise. Bō d gōb (J Mett.), «bois de gaube» (J Porr. 1799. Guélat, Journal, 579), même sens. «Au défaut du payement des redevances ..., la commune pourra monter [vendre aux enchères] la gaube et prise de bois des défaillants» (N Sav. 1655. Musée neuch. 1900, 314). «Accordé à A. fils de J. B. sa gaupe à la condition qu’il tienne feu» (ib. 1677. Pier.). «Toutes fois et quant la communauté de Savagnier donnera des portions de bois ou gaupes, le retenant sera obligé de les aller couper et amener» (ib. 1756. Not. J.‑H. Girard, 29 oct. AC). «La communauté fournira (au maître d’école) chaque année la gaube de bois comme pour un bourgeois, elle la façonnera et la voiturera gratis devant sa maison» (J Vicques 1785. Daucourt, Dict. hist. VIII, 181). «Les veuves ou filles détronquées ... ont en entier la gaupe ou le droit annuel d’une toise de bois» (N V.‑de‑Ruz 1795. S. de Chambrier, Mairie de Valangin, 76). «L’agent de cette ville donne des gaubes de bois pour cinq livres» (J Porr. 1799. Guélat, Journal, 579). Autres ex. anc. dans Pier. Drè [cf. droit 3, 8o 1 a] d gōb, droit de percevoir un lot annuel de bois (J Bois). «Gobes (de bois) d’affouage [cf. affouage 2o et hist.]» (fr. rég. J Charm. 1817. Mat. Fridelance). «Gaubes de bois de foud [hêtre, cf. fo 1, 2o]» (N Sav. 1678. Pier.). Gób də fāətḗ [cf. fouteau 2o], «gaube de hêtre» (B Plagne). Gób də sapaïn, «gaube de sapin» (ib.). «L’on prend des gaupe de sapin dès la charrier de Saulles par le haut de la Coste» (N Sav. 1676. Pier.). An bèy in·n gōb pè fuə, «on donne une gaube par ménage» (J Courf.). «Nô sont qu’ment les boueb’ que tchaintant l’bon An | ... qu’saint bien rvéti to ces veil airâbes | qu’voidgeant iôs étius qu’ment s’c’était des gâbes», nous sommes comme les enfants qui chantent le nouvel an, qui savent bien critiquer tous ces vieux avares qui gardent leurs écus comme si c’étaient des g. (J Aj. Jura Dim. 1896, 94). «A quatorze et quinze ans (vers 1840), ... j’allais ... abattre, dans la forêt communale, les sapins qui nous étaient échus pour notre gaube» (fr. rég. B Fuet. J. Paroz, Mémoires d’un octogénaire, 21). «Assemblée bourgeoise pour établir la liste des ayants droit aux gaubes en 1911, fixer le nombre de stères à délivrer» (fr. rég. B Grandval. Pier.). «Maintenant (en 1925) il n’y a plus de gaubes, les charges des communes ne le permettent plus» (fr. rég. J Charm.). Point à l’ordre du jour d’une assemblée communale: «Passer la liste des ayant droit aux gaubes pour 2005» (fr. rég. J Movelier. Journal officiel canton Jura, 2 févr. 2005). Autres ex. fr. rég. dans Pier. et DSR.Mèrtlèdj dḗ gōb, «martelage des gaubes», marquage des g. (J Mett.). Markè lé gób, «marquer les gaubes», numéroter les lots voués à l’abattage (B Plagne, var. J Charm.). Din l tan, è lè Mountèny, lé gāb ètïn mèrtyḕ chu piə, jadis aux Franches‑Montagnes, les g. étaient marquées sur pied (J Épiq.). «Çoli était donc dïnche demorê djainque tiaind s’en vegniét l’herbâ, qu’an allont mairtyai les gaubes», c’était donc resté ainsi jusqu’à ce que vint l’automne, où on allait marquer les g. (J Aj. Biétrix, Lettre Bonfol, éd. Amweg, 32). Èl in djé [cf. dza 2o 1] kopḕ lé gōb, ils ont déjà coupé les g. (J Sépr.). Tirèdj dḗ gōb, «tirage des gaubes», tirage au sort des lots de bois (J Mett.). Tiriə lé gōb, «tirer les gaubes», tirer au sort les lots revenant à chaque bénéficiaire (J Charm.; var. B Plagne, J Épiq.). Tiriə sè [sa] gōb (J Sépr., Mett.), rtiriə sé [ses] gāb (J Bonf., Bonc.; var. Vermes, Dev., Bonf.), percevoir sa part de bois d’affouage. Lé bérdjè tiran yō gāb, les bourgeois perçoivent leurs g. (J Bonc., var. Charm.). Léz étrindj [cf. étrange 1o 2] n tiran p də gōb, les non‑bourgeois ne participent pas à la répartition des lots de bois (J Charm.). É t djé tiriə tè gōb? as‑tu déjà reçu ta g.? (J Sépr.). An tir lé gāb éz t də sti sè, on tire au sort les g. ce soir à huit heures (J Épiq.). Bya d gōb, billet tiré au sort et portant le numéro d’un lot de bois d’affouage (J Charm.). Taks dé gāb, taxe versée par les ayants droit aux g. (J Bonc.). «Délibération des préposés qui fixe une taxe sur les gobes de bois d’affouage de la présente année marquées pour l’ordinaire de 1818» (fr. rég. J Charm. 1817. Mat. Fridelance). I vœ vandr mé gōb, «je veux vendre mes gaubes» (J Pleigne). Fḕr sè gōb, «faire sa gaube», façonner le lot de bois de chauffage qu’on s’est vu attribuer (J Charm.). Loc. fig. «Aller faire des gaubes», voler dans la forêt du bois déjà façonné (fr. rég. B St‑Imier De.). ‖ Par ext. Bois vendu à un non‑bourgeois par la bourgeoisie, à un prix inférieur à celui pratiqué par d’autres fournisseurs (fr. rég. B St‑Imier De.): «Acheter des gaubes». 2o Désigne aussi d’autres prestations en nature ou en espèces dont bénéficient les bourgeois d’une commune (B‑J spor.; fr. rég. N Land. vx, B‑J spor.); cf. encycl. Loc. Lé krovḕ [cf. corvée 1o 3] s fin pè to sé k’in dé bḗt è pə k tiran lè gōb, tous ceux qui ont du bétail et qui jouissent des prestations revenant aux bourgeois sont astreints aux corvées (J St‑Br.). Rtiriə sé [ses] gāb, percevoir ses prestations annuelles (J Bonf.). 3o Noms de lieux. Vieilles Gobes J Charm. (CN 1085): é vèy gób, forêts, prés; les Gâbes J Cœuve (CN 1065): é gāb, anciennt forêt, auj. terrains communaux cultivés; an la gāb ā pour [pauvre?] ib., partie du Bois de Sapins; les Gaubes J Asuel (CN 1085): é gób, anciennt parcelles de prés réparties entre les bourgeois, auj. terrains communaux; Hautes Gaubes ib. 1867, les Hautes Goobes 1915: é ā d gób ou ansoun l krā [cf. crêt] d la gób; les Gâbes J Beurnevésin (CN 1065): é gāb, pâturage, forêts; Vieille Gaube J Courtemaîche: é vèy gāb, «ai y é des véyes trontchats de tchênes et d’aités és Véyes Gabes, que nos vlan déraicenai po c’thuvië», il y a des vieilles souches de chênes et de hêtres aux Vieilles Gabes, que nous allons déraciner pour cet hiver (J Aj. Pays Dim. 1898, 48); les Gabes J Lugnez, les Gôbes 1821: é gāb, champs, prés; dó lé gāb, ib., se dit d’une partie des Pessattes et du Têtre; é gób J Pleujouse, autre nom de La Chaux, forêt; les Gobes J Rocourt (CN 1084): é gṑb, pâturage.

Dérivé: gōbt (‑ĭtta) J 60, petit lot de bois d’affouage.

De l’all. s. ou alsacien Gob «id.» (all. Gabe); FEW, XVI, 4 b; Tp. Lehnw. II, 46; Schw. Id. II, 52; Mart. I, 192 a; Bader, Lexique des parlers sundgauviens, 189 a. La variante gāb est un hyperdialectalisme (cf. contra, à tort, Tp. Lehnw. I, 63), favorisé p.‑ê. par l’alternance vocalique analogue que présentent des mots tel firb. Le dévoisement de l’occlusive bilabiale dans N Sav. pl. gpé (et anc. N V.‑de‑Ruz), s’il n’est pas directement tributaire de l’alémanique, résulte p.‑ê. de l’influence de coupe 1, 1o. L’emploi du pl. pour désigner un lot individuel est courant; la distinction sing./pl. sert plus rart (J Sépr., Charm.; anc.) à opposer «part individuelle» à «ensemble des lots d’une communauté».

Encycl. Le droit de gób découle en principe de l’appartenance à la communauté des bourgeois (au sens donné sous bourgeois I, 1o), au même titre que l’ankrn·n «droit de mener paître son bétail» (sous inkrna): lé drè d komün·n s’ā l drè d gōb, léz ankran·n pou lé bḗt, lə drè d vōt, les «droits de commune» sont le droit de recevoir le bois d’affouage, de mettre les bestiaux au pâturage communal et de voter (J Bois). Les gób consistent en lots de bois d’affouage (passim; anc. et fr. rég.), bois de construction (J Clos‑du‑Doubs selon le corr. de J Courf., qui oppose gób «sapins pouvant fournir des planches» à rinpy «bois à brûler» [voir ce mot]), portions de tourbe (J Fches‑M. spor.), parcelles de terrain mises à disposition pour leur exploitation (B Orvin, J St‑Br., Underv., Montsevelier, Bonf.; fr. rég. B‑J spor.), parts de fromage (B Orvin; fr. rég. B Court) ou de beurre (fr. rég. B Court), somme d’argent prélevée sur le bénéfice de l’exercice annuel (J Bassecourt, Delémont, Saignelégier, Bonf.; fr. rég. B‑J spor.). D’après les mat. ms. de l’enquête organisée vers 1940 par l’AFS et qui fournit sur ce point des renseignements pour 12 localités de B‑J, il apparaît que les gób avaient disparu (entre 1870 et 1930 selon les communes), sauf à B Sonc., Reconvilier, J Mervelier et Saignelégier. Il ressort d’investigations menées en 2005 auprès de 52 communes bourgeoises de B‑J que le droit aux gób (consistant, comme dans les années 1940, en lots de bois et/ou en une modique somme d’argent) est encore en vigueur à B Prêles, Neuveville, Plagne, Cormoret, Romont, St‑Imier, Villeret, Saic., Mall., Court, Sonc., Sorvilier, Tav., J Courrend., Corban, Courroux, Movelier. La notion de gratuité originelle a dû impliquer très tôt comme contrepartie certaines tâches menées collectivt (cf. l’ex. de J St‑Br., sous 2o loc.) ou individuellt (le bénéficiaire façonne souvent le lot lui revenant, et abat parfois les arbres qui lui échoient). L’ordonnance sur les forêts édictée par le prince‑évêque Simon‑Nicolas de Montjoie (1762‑1775) confirmait la coutume consistant à délivrer gratuitement le bois à bâtir aux habitants, mais réglait ainsi le mode de fourniture du bois d’affouage: «Chaque année ... les forestiers et préposés marquent les bois ..., en faisant autant de lots ou gaubes (gaben) qu’il y a de feux. On met alors à monte chaque lot séparément, en les adjugeant au plus offrant, mais un particulier ne peut miser qu’un lot» (Quiquerez, Hist. Instit. Évêché de Bâle, 338); pour d’autres détails sur la distribution gratuite du bois de chauffage ou sa vente aux enchères, ainsi que sur le conditionnement et le mode de distribution des lots, cf. affouage encycl. Fl.

Pour citer cet article : gób (réd. Fl.), Glossaire des patois de la Suisse romande, fondé par L. Gauchat, J. Jeanjaquet et E. Tappolet, Genève, Droz, 1924-, Tome VIII, p. 377.

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