Tome VIII page 505
 

GOULET, gòl, rart ‑é, go‑ Vd 16 Scheuermeier (‑ḕ), 18, 34, 42, 51, 54, 69, 71, 9 Mat., Vd Dum., V 50, G 1 (et ‑ḕ 14; et gö‑ 15), 20, 21, Dur., F 12‑14, 1 Enney, gola J 35, 36, 43, 44, 45, 48 (sens 8o), 54, gou‑ B 32, J 47, 48 (sens 5o), 6 Rossat, Va., ‑ò N 30, gò·ë V 51 A. Praz; gəlè G 15 var., g‑ 1 Conf. Anc. gollet Vd 7 1582, gou‑ 1580; lat. goleti gén. G 1490. Fr. golet Vd Ca., Pautex, G Gaudy, Hum., Snell, F 5 Cheyres Jeanneret, rives du lac de Neuchâtel B. Vauthier. Cf. n. de l. et de fam. — ALF 1336 (G 17, notation divergente).

‖ S. m. 1o Dispositif d’écoulement d’un liquide. 1. Rigole aménagée pour assurer la canalisation de l’eau de ruissellement (F Vill.‑s.‑M.; anc.). «Pro complemento pavimenti goleti de Cornavin ... Retulerunt mensurasse pavimentum dicti goleti et illud continere sex teysias de grossis lapidibus» (G 1490. Reg. Cons. IV, 260); autres ex. ib. 259, 262. «Pour refayre ung goullet et des says [haies, cf. si] pour tenir la chaussée» (Vd Orbe 1580. Comptes. Ac). Composé bot. rba dè gòlè, cresson de cheval, Veronica beccabunga L. (F Vill.‑s.‑M.); synon. sous glyə 2o fin. 2. Goulot de fontaine (Vd Fen., Cully, Sent., Chenit, Oron, G Herm., N Cern.‑Péq., J Épauv.; fr. rég. Vd Ca.). Gòlè dao bòrni, id. (Vd Oron). Apré tskè rəpè, on·n alvè birè aou gòlè də la fontn·na, après chaque repas, on allait boire au goulot de la fontaine (Vd Chenit). 3. Conduit permettant l’évacuation du moût hors du bassin du pressoir (G Vésenaz). 2o Goulot, col étroit d’une bouteille ou d’un récipient, ou sans précisions (Vd Fen., Vaul., Broye Mat., Vd Dum., V Cham., N Cern.‑Péq., B Mall., J Courrend., Sépr., Pleigne, Mett., Aj. Rossat, Va.; fr. rég. Vd Ca., Pautex, G). «Golet d’une bouteille» (fr. rég. G Hum.). Gòlé da [de la] bòtlyè (V Cham.). I ḕ kāsḕ l gola d lè botay, j’ai cassé le g. de la bouteille (J Sépr.). 3o Bec, petite avancée évasée d’un récipient (F Gru. Co., N Cern.‑Péq.; fr. rég. G Gaudy). Goulò di poutò [cf. potet], bec du pot (N Cern.‑Péq.). «Golet d’un pot» (fr. rég. G Gaudy). 4o T. de pêche. Embouchure tronconique de la nasse ou du verveux (fr. rég. F Cheyres, rives du lac de Neuchâtel Jeanneret); synon. goleirn 6o, gòlta 10o, gorge 1, II, 3o 1. 5o T. de meunier. Goula d l’antrəml [cf. intrəmyə], anche, conduit carré par lequel la farine est amenée dans le blutoir ou grâce auquel le blé moulu est évacué de l’égrugeoir (J Mett.); synon. sous gòlta 8o. 6o Trou, orifice, ouverture (G passim; fr. rég. G). 1. Petite ouverture traversant un objet de part en part. a) Trou percé délibérément. Fòr on gòlè dyè na plynṣo, faire un trou dans une planche (G Aire‑la‑V.). Lou gòlè du pyató də rṣè pè lou lin, les trous percés dans la grosse planche de la crèche pour les liens des animaux (G Dard.). Al è fór pè ginyi pè lə gòlè də la saralyə, il est fort pour guigner par le trou de la serrure (G Aire‑la‑V.). È pasr pè lə gòlè də n’aoulyə, il passerait par le chas d’une aiguille, tellement il est maigre (G Bern.). Kfa a gòlè, poêle percée de trous pour rôtir les châtaignes, litt. casse à trous (G Dur.); autre ex. sous casse 2, 2o fin. b) Trou d’origine accidentelle. On gòlè dədyan lə tè [dans le toit] (G Vand.). Al a fé on gòlè a só [ses] patalon, il a fait un trou à son pantalon (G Bern.). Sé mafon a on gòlè u kòdə də sa vsta, ce maçon a un trou au coude de sa veste (G Dur.). ‖ Par plais., dans la loc. fig. Al  fé on gòlè u Rou·n, il s’est noyé, litt. il a fait un trou au Rhône (G Bern.). 2. Ouverture plus ou moins grande pratiquée généralement à des fins utilitaires. Gòlè də la bòsta, ouverture rectangulaire du tonneau dans lequel on verse les hottes pleines de raisin (G Troin.). Gòlè du bétandi, ouverture par laquelle on passe les gerbes à l’étage supérieur de la grange (G Dard.); voir fig. sous bétand. Pè al su lə sòli [cf. solier], on montə pè n’étyl k’è drèfy dy lə gòlè déz éplyanṣ, pour aller dans le fenil, on monte par une échelle qui est dressée dans l’ouverture servant de passage entre la grange et le fenil (G Bern.). Dans une fable. Lə rn sut lə prəmi dy la kv pè lə lyizé è lə lu sut aprè, mé l gòlè ét just pru gran pòr lyi, le renard saute le premier dans la cave par le soupirail et le loup saute après, mais l’ouverture était juste assez grande pour lui (G Bern. Bull. Gl. III, 33). ‖ Sə vəlyi u gòlè d’on·na sza pèr inpaṣi lé ẓin də ròbā lé pmè du ẓardi [cf. jordil], faire le guet près du trou d’une haie pour empêcher quiconque de dérober les pommes du verger (G Dur.). De là? Èl è bon pèr mètrə a‑r‑on gòlè yó i nə pasə nyon, il ne vaut rien, litt. il est bon pour mettre à un trou où il ne passe personne (ib.). 3. Orifice anatomique. Ló gòlè du n [nez], les narines (G Bern.). Gòlè dé dəmẓ [cf. dimanche 3o fin] (ib.), móvé [mauvais] gòlè (G Aire‑la‑V.), trachée. Mon gtṑ a pasṑ pè lə móvé gòlè, j’ai avalé de travers mon dîner (ib.). Gòlè du ku, anus (G Dard.). 4. Petite cavité, petit creux. Gòlè naturèl d’on·n bro, trous naturels d’un arbre (G Dard.). Də n’aṑm pṑ kan y ò də gran gòlè u pan, al è d’abò chè, je n’aime pas quand il y a de grands trous au pain, il est vite sec (G Aire‑la‑V.). N’y ò rè a məẓi a sé frəmaṑẓ, al è tòt aḕ gòlè, litt. il n’y a rien à manger à ce fromage, il est tout en trous (ib.). 5. Gòlè də rt, trou de souris (G Bern., var. Dard.).

7o Bouche, en tant qu’organe de la parole (V Nend. A. Praz): Kyën gò·ë y a kan a byu, il devient très bavard quand il a bu, litt. quel g. il a ...

8o Par anal. 1. Passage étroit, gorge, ravin, couloir (Vd Orm., Long., Sent., F Vill.‑s.‑M., Grandv., Enney, J Courchap., Courf., Underv., Mett.). Spécialt. a) Couloir d’avalanches (F Vill.‑s.‑M.). b) Couloir aménagé dans les roseaux pour poser un piège (fr. rég. F rives du lac de Neuchâtel B. Vauthier). 2. Col (Vd Vaul.).

9o Noms de lieux (choix sur une quarantaine; aire: Vd, V Véross., F Grandv., B‑J). Au Golet Vd Mont‑s.‑Laus., pré, champ; ou Gollet Vd Grens 1418 (Mi.); le Golet Vd Chenit: lou gòlè, partie la plus profonde de l’Orbe, près de Piguet‑Dessous; le Golet au Loup Vd Abbaye: lou tsəmin dao golè ao lāou, chemin qui relie la Combe Dessus à Pétrafélix; Chemin du Golet Vd Vall. (Sgf. 291), le Gollet 1709: lou chindé (ou lou tsəmin) du goulè, anc. chemin menant à Vaul., très pentu (cf. Chessex, N. de l. Vall. 40); Golet au Chien Vd Bretonn.: ló ru dao gòlè ao tsin, affluent de l’Orbe coulant dans une gorge; au Golet à la Truye Vd Envy: ló golè a la try [truie], lieu‑dit à la limite de Croy; le Golet Vd Vugelles: lò tsblyo dò gòlè, dévaloir; le Grand Golet F Grandv.: u gran gólè, poste de chasseur; é gòla B Belprahon, gorge rocheuse; «au lieu Contre le Gollat de la Verne de ça de la Selle St‑Germain» B Moutier 1641 (Reg. not. 1092, 49. AAEB); le Golat au Porc B Roches 1761, lieu‑dit situé dans la combe de la Belle Face; au Golat B Sorvilier (cf. CN 1106): i góla, champs, pâturages; Devant Golat J Courrend.: dvin góla, bâtiments, jardin, canal, prés; le Golat J Dev.: l góla, ruisseau; le Golat J Underv. (CN 1106), Haute Joux du Golat 1775: ā góla, forêt à la limite de Soulce; Forêt du Gaulat J Delémont; le Golat J Saulcy: ā gòla, prés, forêt. ‖ Formé à l’aide du nom de fam. (cf. ci‑dessous 10o). En la Cretaz Collet V Véross.: bā krta gòlé, pré; Clos à Golet F Ch.‑St‑D. (Sgf. 454): ou ḥou a gòlè, bâtiment, place, jardin, pré, champ. 10o Nom de fam. Gollet V St‑Maur. dès 1790.

Dérivé en ‑ĭttu de gueule, parfois emprunt; FEW, IV, 308 a, 315 b. Dans V Cham. gòl, la voy. tonique correspond à l’aboutissement de ‑ĕllu, mais le rattachement de cette forme à notre mot se justifie pour des raisons sémantiques. — Cf. goleirn, gòlta, goulot. Fl.

Pour citer cet article : GOULET (réd. Fl.), Glossaire des patois de la Suisse romande, fondé par L. Gauchat, J. Jeanjaquet et E. Tappolet, Genève, Droz, 1924-, Tome VIII, p. 505.

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